22
Oct

Extrême-droite, politique ou idéologie ?

   Ecrit par : Wiz   in L'Ours

Cet os est le numéro 2 sur 12 du cadavre Humeur d'ours

extreme_droiteMes confrères blogueurs Ploum et Alias s’y sont risqués. Pour ma part j’avais déjà tenté une approche plus primitive et rudimentaire de la chose. Mais dans le fond, j’ai besoin de prendre une position plus structurante vis-à-vis de ce qui secoue les esprits, particulièrement en Europe, où la crise économique et la montée des mouvements d’extrême-droite semblent être à la fois liées et moteurs des transformations sociales qui s’amorcent. A mon niveau d’Ours de la Caverne, je ne relate pas des faits, ne formule pas une analyse digne des plus savants polito-sociologues qu’on invite au 20h pour faire genre « c’est vrai puisqu’il le dit », et je ne propose qu’un constat personnel, pessimiste certes, mais sincère.

Je rejoins Alias pour dire que la politique d’extrême-droite et la fondation de toute action entreprise en son nom repose sur des motivations simples, voire simplistes, et s’appuie sur des méthodes de communication peu sincère, ou en tout cas, manquant totalement d’objectivité, car pétries de sentimentalisme et de nationalisme déguisé. Et tout comme le souligne Ploum, les arguments contraires qui s’opposent à l’idéologie d’extrême-droite manquent tout autant d’objectivité. C’est le comble de l’argumentaire. Une idée d’extrême-droite, est une idée qui défend et fragilise l’idéologie tout à la fois. Parce qu’elle s’adresse à la passion plutôt qu’à la raison, elle est acceptable par le cœur, et répugnante par l’esprit.

Mais depuis quand les politiques ne dirigent-ils qu’avec l’un ou l’autre ? Dans tous les mouvements, dans toutes les approches, dans tous les débats, l’argument du cœur a toujours été opposé à celui de l’esprit (on expulse légalement une personne d’un pays mais c’est mal parce que c’est moralement inacceptable), et vice-versa (sous le coup de la colère ou de l’émotion il a tué l’un de ses voleurs, mais tuer c’est illégal). Et on polémique sur ces sujets jusqu’à la lie, on en abreuve les médias qui les reprennent et les déforment, perturbant au passage tous les messages par leurs interprétations à grand renfort d’intervenants totalement dignes de confiance et incorruptibles de pensée.

« L’Homme est un animal social », disait Aristote en grec ancien. « L’Homme est un loup pour l’Homme », rétorquait Plaute en latin (phrase reprise par Thomas Hobbes). L’un n’exclut pas l’autre, le loup étant, à ce titre, lui aussi un animal social. Mais ces deux citations très célèbres évoquent l’idée que l’Homme est et demeure un animal et que la construction de sa conscience n’a fait qu’établir des règles de l’esprit sur un agglomérat d’émotions et de besoins primitifs qui ressurgissent à la moindre occasion et dont l’Homme sait très bien se servir, non pour lui-même, mais pour manipuler son prochain. Que nous les qualifiions de politique, de sociale, de légale, de morale, ou que sais-je, ces règles n’en sont pas moins artificielles. Si elles résultent de notre culture et du plus profond des âges de la civilisation, elles masquent à peine l’essentiel, parce que ce qui est essentiel, nous ne pourrons jamais nous en passer.

Je ne vais pas me paraphraser, mais l’Empire de la peur, c’est ça. Ce qui nous est essentiel, nous crevons tous de trouille de le perdre. Le toit quand nous en avons un, un boulot quand nous en disposons, la sécurité et la protection quand nous sommes démunis. Idéologiquement, c’est une évidence, nous sommes tous d’extrême-droite parce que nous tenons naturellement et égoïstement à nos acquis. L’altruisme n’est jamais qu’une couche plus ou moins épaisse de bon sens, de bonnes intentions et de mauvaise foi. Qui peut prétendre penser aux autres quand une crasse infâme lui tombe dessus ? Qui ne se laisse pas séduire par la réponse la plus égoïste et simpliste possible à tout problème qui l’affecte personnellement ? Même s’il est facile de rapporter cela à l’individu, il faut reconnaître que ce questionnement fonctionne aussi avec les communautés, les groupes et les rassemblements de personnes autour d’un problème commun. On peut arguer de la plus ou moins forte incidence de ce conditionnement naturel à la préservation personnelle, mais pas prétendre qu’elle n’influence aucune de nos actions que ce soit à faible ou à grande échelle.

Je vais maintenant frôler le point Godwin, car politiquement, c’est une autre affaire. Pour être politiquement d’extrême-droite, il faut à mon sens se placer au-delà de l’idéologie. Les objectifs politiques de l’extrême-droite servent avant tout une minorité et toutes les expériences de l’Histoire où l’extrême-droite est au pouvoir ont été critiquées par la majorité (et souvent après coup, et aussi très loin du théâtre des opérations). Mais dans le fond, se servir d’une idéologie pour illustrer une politique ne signifie pas que l’on a adopté cette idéologie. Être politiquement d’extrême-droite ne signifie rien de concret à mon sens. Prêcher (ou appliquer) des solutions extrêmes et simples à des problèmes de fond parfois extrêmement complexes et profonds, le tout en bafouant allègrement la moralité la plus élémentaire est un jeu dangereux, mais une position qui n’a rien de fondamentalement différente de celle de ceux qui font la même chose de façon plus morale. D’un côté, on aura séduit des électeurs en leur montrant le bâton et de l’autre en leur montrant la carotte. Ce n’est donc qu’un discours, une manière de faire, mais pas une idéologie, ni même quelque chose qui se met au service de l’idéologie. Du moins dans les grandes lignes…

Car s’il existe une catégorie de personne qu’il faut craindre ce sont les politiques qui croient leurs discours et les gens qui appliquent l’idéologie sans faire de politique, donc sans demander aux autres leur avis (ça me fait dire que même ceux qui font de la politique ne sont pas forcément à l’écoute des autres pour autant… Tous ? Non, ça se saurait). Et en définitive, si ce n’est « l’Homme » qui prend le pas, ce sont « les Hommes » qui le font. Ce qui s’applique à un seul s’applique aussi à la masse dont la force est bien plus importante que la somme de celles de ses membres. Tout cela est un immense combat d’influence plus que de raison, et les outils mis à disposition de tout un chacun pour parvenir à ses fins sont ignominieusement plus puissants et solides que par le passé. A mon sens, le véritable danger, c’est de ne pas se rendre compte de ça. La discussion sur le fond comme sur la forme n’est qu’une perte de temps, tout comme savoir qui a raison ou tort. Ce n’est qu’un moyen de nous diviser. Nous, humains, sommes avant tout nos propres victimes, car nous raisonnons moins à l’échelle de l’humanité qu’à échelle de notre pays et de notre mode de vie, quand ce n’est pas uniquement sa rue et son voisinage, ou pire, son intérieur et sa déco.

On me reprochera (ça a déjà eu lieue) de me contenter de cette vision macroscopique et de ne pas prendre le risque d’exprimer une opinion plus formelle et plus ciblée. Mais à quoi bon ? Je suis tellement convaincu qu’idéologie et politique ne font pas bon ménage, que le premier n’est que le prétexte dogmatique du second pour manipuler les masses, telle la croyance aveugle et sa secte, que je ne vois pas très bien à quoi il sert de se battre pour ou contre un quelconque mouvement. A moins éventuellement de croire en une quelconque promesse d’un élu et de son mouvement ? En ce qui me concerne, ce n’est pas possible, je suis trop désabusé. Et si j’ai largement extrapolé la réponse à la question initiale, qui, sommes toute, concerne autant les autres mouvements socio-politiques que ceux de l’extrême-droite européenne en forte croissance, c’est pour montrer ma volonté de me détacher de ces débats que je juge stérile et dénué de véritable raison. J’ai tendance à croire qu’à force d’entendre les choses, on finit par les accepter. Ma solution à moi, c’est de ne pas les écouter, et d’éviter de penser moins à celui avec qui je partage le monde qu’à moi. « Ce que nous avons le plus à craindre est la peur elle-même » (Franklin Roosevelt).

Et vous, vous en dites quoi ?

Les os du même cadavre<< Le pseudo ou la crise identitaire numériqueCarpe Diem ? Vous croyez ? >>

Tags: , , ,

Cet article a été publié le mardi 22 octobre 2013 à 18:00 et est classé dans L'Ours. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.

Laisser une réponse

Nom (*)
Courriel (ne sera pas publié) (*)
Site
Commentaire

Slider by webdesign