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Juin

L’Empire de la Peur

   Ecrit par : Wiz   in Divers, L'Ours

Tiens, pourquoi pas, allons explorer à ma façon les profondeurs de l’âme humaine. Ce n’est pas tant les évènements de l’actualité, qui ont de quoi se faire dresser les cheveux sur la tête tous les jours (sans doute la raison pour laquelle la coupe en brosse est si répandue), qui me font me demander ce qui fait tourner le monde. Pendant longtemps j’ai été comme feu Coluche (et mon exemple n’est pas le fruit du hasard), prompt à penser que les hommes auraient deux problèmes que sont le cul et le fric. Non, en fait, j’ai changé d’avis : pour moi ce qui gouverne le monde moderne c’est la peur.

« Les hommes auraient deux problèmes, le cul et le fric », Coluche.

Prenons un exemple simple. Je suis arachnophobe et ophidiophobe (et en grande partie entomophobe, oui, j’ai toutes les tares), et la première débilité que je commets quand je suis confronté à mes phobies, selon le courage dont je peux faire preuve et la taille de la bestiole, je suis pris d’une envie presque irrésistible de détruire l’objet de ma phobie, soit en l’éliminant, soit en la fuyant pour la faire disparaître artificiellement de ma vue. Mais ceci est la limite extrême de mon comportement, mes derniers retranchements. La plupart du temps j’évite, ou en tout cas je fais le nécessaire pour éviter, d’être confronté à mes peurs quelles qu’elles soient. On le fait tous, consciemment ou non.

De là à dire que l’humanité est entièrement guidée par ses craintes, c’est beaucoup s’avancer, j’en conviens. Mais ce n’est pas de l’individu dont il est question dans mon propos, c’est de la société moderne. Un homme seul n’agit pas prioritairement dans le but d’éviter l’objet de ses craintes, sa première priorité est de satisfaire ses besoins. Les besoins primordiaux en premier lieu, boire, manger, survivre (et accessoirement, chier), des appétences auxquelles seuls les plus démunis sont directement confrontés (dans le sens où ils se demandent davantage s’ils vont pouvoir manger et non ce qu’ils vont manger). La question que se pose le citoyen moyen comme moi qui dispose d’un logement et des moyens de s’acheter sa nourriture est plus complexe. Il a des acquis, et se bat pour les conserver, il craint de les perdre. Ses préoccupations ne reviennent à l’essentiel que lorqu’il a tout perdu, mais avant d’en arriver là, il ne reste pas impassible.

Les dirigeants de tout pays, les individus les plus fortunés, les plus célèbres ou les plus talentueux ne sont pas de simples citoyens (ils voudraient nous le faire croire, en revanche). Ils auront beau dire ou faire, leurs préoccupations personnelles, leurs craintes, sont bien plus grandes que les nôtres, sans doute parce qu’ils ont plus à perdre. Qu’ils s’agissent de leurs propriétés ou de leur dignité, voire les deux en même temps, chacun d’eux ressent plus intensément (je n’ai pas dit plus consciemment ou honnêtement ! ) la crainte que n’importe qui d’autre. Même si l’on admet cet état de fait, on peut disserter sur ce qui les inquiète le plus : leur carrière ? Le qu’en dira-t-on ? Leurs biens ? Ou, pour les plus altruistes (s’il y en a quelque part), le bien-être d’autrui dont ils ont accepté d’assurer la continuité et l’amélioration ?

Et c’est comme cela qu’on en vient à imposer l’entente, la paix et même le commerce par la menace, parce que c’est la seule chose que les plus agressifs de nos congénères comprennent. La menace de l’emprisonnement, la menace du feu nucléaire, la menace terroriste, la menace du divin, la menace de mort (et plus récemment la menace des morts…), toujours et encore la menace. Parce qu’on sait que la peur flirte avec la rationnalité des hommes, qu’elle l’entraîne à des actes qu’il ne réaliserait pas autrement pour toutes les belles raisons et tous les beaux principes dont il prétend bâtir sa propre morale.

Les plus sages croient que la peur naît de l’ignorance. Dans ce siècle éclairé de l’internet, on est en droit de penser que l’ignorance tend à disparaître. Mais l’obscurantisme prend bien des formes, emprunte bien des chemins. Là où l’information est reine, le mensonge est roi. La plus grande faiblesse des médias moderne est leur puissance. Leur capacité à diffuser l’information n’a jamais été le gage de leur crédibilité. C’est encore et toujours à celui qui criera le plus fort ou à celui qui saura, le plus subtilement du monde, teinter la Vérité de son opinion. De fait, je ne suis pas vraiment convaincu par notre capacité à nous sortir de notre ignorance, à nous guérir de nos peurs, tant que celles-ci serviront les desseins d’autres personnes.

C’est certe une vision des plus pessimistes, mais à mon sens une véritable prise de conscience, le premier pas vers la compréhension et l’ouverture, un pas nécessaire. Tout ceci n’est pas le discours dramatique d’un Ours qui aime à se servir de ces concepts dans ses romans, mais la mise en lumière d’une composante importante de notre société. C’est bien beau de le penser, à tort ou non, moi, je le dis, car je le crois. On ne peut pas aisément cesser d’avoir peur, mais on peut la cerner par la raison et le bon sens, on peut composer avec, s’en servir, pour peu qu’on sache qu’elle est là, à tous les étages, à tous les niveaux, dans tous les tiroirs et recoins de nos humaines ambitions.

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Cet article a été publié le mercredi 13 juin 2012 à 18:58 et est classé dans Divers, L'Ours. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.

4 commentaires pour le moment

 1 

Bien vu. Un peu pessimiste sans aucun doute, mais je ne pense pas qu’un point de vue autre que pessimiste soit valable lorsqu’on parle du notre monde.

31 juillet 2012 à 10:22
 2 

Et ça, c’est assurément un point de vue pessimiste 😉

31 juillet 2012 à 10:36
 3 

[…] oui, l’empire de la peur est encore et toujours plus présent dans les hautes sphères. La société évolue plus vite que […]

10 décembre 2012 à 17:51
 4 

[…] Ploum et Alias s’y sont risqués. Pour ma part j’avais déjà tenté une approche plus primitive et rudimentaire de la chose. Mais dans le fond, j’ai besoin de prendre une position plus structurante vis-à-vis de ce […]

22 octobre 2013 à 18:01

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