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Déc

Le crime virtuel

   Ecrit par : Wiz   in Divers, Jeux vidéos, L'Ours

Dégommez-moi ce cavalier avec votre bazooka ! Exécution !

Non, je ne suis pas en train de vous parler de piratage. Après avoir longuement disserté sur le fait que le virtuel n’existe pas, il me faut admettre que mon raisonnement et mon argumentaire comporte une faille. Parce que si je m’efforce d’affirmer que toute interaction entre personne, y compris par le biais d’un jeu ou d’un réseau social quelconque, est une interaction réelle de personne à personne, et que par conséquent, le virtuel n’existe pas, on est quand même en droit de se poser des questions sur les actes répréhensibles aux yeux de la loi, de la morale et de l’éthique, auxquels nombre de gamers (dont je fais partie) se livrent à longueur de jeu.

A la base, ce n’est pas moi qui le dit, mais elle Claire Gallois dans un article du 27 novembre 2012 publié sur lepoint.fr et intitulé « Jeux vidéo : permis de tuer » et sa suite. Je m’en référerai à un aimable blogueur sévissant sous le nom d’Odieux connard pour en connaître le plus clair (sans jeu de mot) de la teneur ici-même. Il a suffisamment bien démontré que la construction de cette opinion repose sur un fatras de connerie. Des conneries pour dire que, en somme, commettre des crimes dans un jeu est le creuset idéal pour y voir naître les criminels les plus déglingués, sous le fallacieux prétexte que plusieurs figures médiatiques de la dite gent étaient des joueurs de jeux vidéo.

- Chef, c'est qui l'chef ? - C'est moi, bâtard ! Avance trou du'c, et mitraille sec ! - Non, j'veux dire, chef, le chef de vous ?

Alors nous y voilà. Sur un support que je décris comme un moyen de communication moderne (jeux vidéo communautaire en l’occurrence), je peux être amené à contredire mon postulat de départ sur un point précis, à savoir que si les relations entre joueurs sont réelles, le crime, quant à lui, est virtuel. Je parle bien sûr et uniquement de ce qui est commis dans le jeu lui-même. Mais comment faire la différence ? En fait, je ne la fais pas vraiment. En effet, je continue de penser que les joueurs qui font du JcJ (joueur contre joueur) au travers d’un jeu en ligne se livrent exactement à la même chose qu’un bras de fer. L’enjeu « virtuel » est généralement de tuer l’avatar de l’autre. L’enjeu réel, c’est de vaincre l’autre dans une compétition amicale. Je ne dis pas que certains ahuris vont jusqu’à croire que toute personne éliminant son avatar lui est réellement hostile, mais comme dans tout jeu, il y a des mauvais joueurs, et les mauvais joueurs (comme moi par exemple), ont un sale caractère mais un bon fond (moi c’est moins sûr, mais après tout je suis un ours et je vous emmerde).

Mme Gallois, sans doute fière de son analyse fait donc passer un crime virtuel (donc l’objectif d’une compétition dans un jeu virtuel), pour une intention réelle, et là-dessus il faudrait y faire appliquer les conventions de Genève pour y mettre bon ordre. Je vois d’ici le tableau, et j’imagine que convier Varian Wrynn de Hurlevent et Garrosh Hurlenfer d’Orgrimmar à la table des négociations va demander un peu de doigté et beaucoup de patience. C’est sûr que ça pourrait être amusant de voir les nations de l’Alliance et de la Horde qui sévissent sur Azeroth et se frittent à longueur de temps débarquer à un sommet de la paix pour faire amende honorable. Bien sûr, je prends ici World of Warcraft (traduit littéralement, le Monde de l’Art de la Guerre, le nom est évocateur déjà, non ? ) en exemple pour citer l’un de ceux employés par l’écrivain, mais le risible fonctionne à peu près avec n’importe quel jeu, excepté que dans des Call of Duty, il est plus difficile de voir les « responsables » et de leur reprocher de faire la guerre…  Hou c’est pas bien la guerre !

Sérieusement…

Quel monde abominable ! Des pandas qui boivent de la bière au thé, où il faut tuer des chats, et élever des dragons-nuages pour les monter... c'est affreux.

Alors je n’ai rien de particulier contre Claire Gallois, car fondamentalement, je ne suis pas certain qu’à 75 ans je n’irai pas raconter des énormités 10 fois plus grosses que moi. Ce qui est en revanche dommage, c’est qu’une personne avec une certaine notoriété, donc un certain crédit, soit autorisée à lâcher des débilités aussi profondes sur un quotidien alors qu’il s’agit d’un amalgame de faits totalement décorellés et sans rapport aucun avec la choucroute (c’est une expression, mon article n’a aucun rapport avec la choucroute non plus 😉 ). Et pire encore, qu’elle soit autorisée à s’en défendre tout en s’enfonçant encore plus. La démonstration est donc sans fondement, l’observation peu à propos, et le résultat, une magnifique coulure d’encre virtuelle sans intérêt. Ben oui, si j’en parle, ce n’est pas forcément intéressant, c’est pour faire genre « je m’intéresse à un sujet de société », mais dans le fond, je m’en moque un peu. C’est plus parce que des gens prennent ça au sérieux que ça m’inquiète. Autant massacrer des tas de pixel sur un écran n’est qu’un crime virtuel (donc passible d’aucune peine et probablement anodin dans le monde dans lequel nous vivons), autant prendre les gens pour des cons est une véritable atteinte à la dignité humaine. Ça devrait être interdit par la convention de Genève ça tient !

Ah oui, l’empire de la peur est encore et toujours plus présent dans les hautes sphères. La société évolue plus vite que nos générations se renouvellent. Nos vieilles barbes ont peur du changement. Et nous les futurs aînés, nous devons plus que jamais être sûr de comprendre ce que nous faisons, car nous sommes les Claire Gallois de demain, et je n’ai pas envie qu’on se foute de notre gueule.

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Cet article a été publié le lundi 10 décembre 2012 à 17:51 et est classé dans Divers, Jeux vidéos, L'Ours. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.

Un commentaire

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Ah ah ah ! Magnifique conclusion. Encore une fois je suis entièrement de ton avis. A la limite on se moque pas mal des élucubrations de ceux qui n’y comprennent rien : nous avons déja gagné la guerre.

10 décembre 2012 à 18:52

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