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Fév

Le martellement des inégalités sociales

   Ecrit par : Wiz   in Cinéma, Divers, L'Ours

Que voilà un titre pompeux… J’en conviens, mais pour une fois, je n’avais pas envie de chercher un jeu de mot pourri pour évoquer le sujet qui va suivre. Car, il s’agit bien de montrer du doigt un phénomène plus qu’inquiétant que les médias relaient avec une certaine fierté dans un contexte économique et sociale qui part en couille.

La dernière trouvaille en date, c’est la place de cinéma première classe. C’est un peu la goutte d’eau qui fait déborder le blog. Je n’aurai pas forcément eu envie de me fendre d’un billet sur cette invention à la con si cela ne me touchait pas directement. Donc, c’est fait. Adepte des salles obscures (même si j’ai si peur dans le noir que je n’y vais qu’accompagné), je suis profondément outré par cette segmentation odieuse du statut social dans une salle de cinéma. Ce n’est pas un phénomène vraiment nouveau, car il existe à l’opéra, et il faut reconnaître que la qualité d’un spectacle à l’opéra change du tout au tout selon que l’on est débout au paradis, assis tout serré dans la fosse ou tranquillement installé au balcon. Les amateurs savent de quoi je parle. Je n’ai tenté l’expérience qu’une fois y’a 15 ans, et mes fesses s’en souviennent encore. Hé bien, voilà que les places les plus prisées du cinéma passent en tarification « luxe ». Elles sont certes agrémentée d’un siège en cuir inclinable, d’un peu plus de largeur et de quelques gadgets en série, mais surtout, elles sont placées précisément là où les premiers arrivés dans une salle de ciné jusqu’à aujourd’hui se plaçaient systématiquement (ce qui veut bien dire que ce sont les meilleures places). Et comme c’est un cinéma du groupe Gaumont-Pathé qui a fait l’expérience et que ce groupe possède plus de la moitié des salles obscures françaises (jusqu’à avoir le monopole dans plusieurs villes et pas forcément les plus petites), il est à craindre que le procédé se répande comme un traînée de poudre.

inegalite_sociale_place_luxe

L’objet du délit

La différence n’est pas énorme, il est vrai, mais elle est odieuse du fait de son existence, pas de son prix. Cela signifie clairement que les gens les plus aisés auront moins de scrupule à payer une place privilégiée, ce qui les distinguera des petites bourses qui devront se contenter des places les moins utilisées et à raison. Un de mes amis sera même très ennuyé car à moitié aveugle, il n’y a que les places en question (les grands luxes) qui conviennent à ses lorgnons. Donc les handicapés de la vue sont soit riches soit ne vont plus au cinéma. Bel exemple. Jusqu’à la fin des années 80, voire 90, le cinéma, quoiqu’inabordable pour certaines bourses, était encore un lieu de distraction populaire. La hausse des prix des places de cinéma inversement proportionnelle à la qualité de ce qu’on y joue a renversé la tendance en l’espace de 20-30 ans. Cette expérience est donc le point d’orgue de cette transformation, après une tentative désastreuse pour accroître la qualité des oeuvres en lui mettant du relief (ce qui dispense apparemment de mettre autant sinon plus d’intelligence dans un scénario et une réalisation), le cinéma « première classe » est une provocation directe envers la population de notre pays.

Je parlais là du cinéma, mais j’ai vu par accident différents reportages à la télé (c’est forcément par accident, moi qui conchie la télé), qui évoquaient un démarquage de plus en plus flagrant entre les produits et services offerts aux communs (c’est à dire la tranche la plus représentative de la population située entre le SDF et le SMIG), et les gens plus aisés (qui, malgré la crise, ont toujours moins à se plaindre que les autres, mais sans le reconnaître). Par exemple, cette escalade croissante de l’usage de taxi « chauffeur-style », forcément plus cher, et pourtant plus nombreux, donc plus demandés, avec pour seule différence, un chauffeur qui à l’air de discuter moins de la météo et de la circulation que des vraies nouvelles du jour, et qui se comporte comme un valet de pied avec son client.

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Aujourd’hui, on découvre que le boeuf à un drôle de goût… Pourtant, ça fait longtemps que ça dure

Et il y a l’escalade inverse (ce qu’on appelle une dégringolade en somme) qui voit des produits de consommation courante baisser en qualité et rester au même prix au seul motif que la marge du commerçant doit rester, sinon identique, être même un peu plus bénéficiaire (tant qu’à faire), quitte à ce que les consommateurs développent des maladies nouvelles dans 10 ou 15 ans (ou qu’il bouffe du cheval au lieu du boeuf), s’ils ne meurent pas dans d’étranges circonstances dans un délai plus bref. Ce qui donne lieu parfois à des kilolitres d’encre numérique ou non, déversés sur le scandale agro-alimentaire du moment. De toute façon, c’est cuit, on aura beau dire et faire, nos foyers gouvernés par notre civilisation capitaliste mange tellement de la merde depuis des années (sans parler des ondes et autres nuisances invisibles que nos corps absorbent) que toute tentative de mettre au monde une génération non mutante est probablement vouée à l’échec. Mais bien sûr, dans l’ensemble, cela touche moins les nantis que ceux qui n’ont pas le choix.

Oulà… oui, je suis tombé bien bas, mais tout ça pour dire que le fossé se creuse justement, que la santé comme le confort se payent au prix fort et que la société dans laquelle on vit se rit totalement d’avis comme le mien. Le problème n’est pas et n’a jamais été de considérer les citoyens pour ce qu’ils sont, mais de faire du fric, du fric et du fric. Je suis tombé il y a peu sur une publicité, genre, l’hopital qui se moque de la charité, puisqu’il s’agit d’une grosse chaîne agro-alimentaire dont je ne citerai pas le nom qui fait l’apologie des produits régionaux qu’ils sont censés vendre face à un comptable qui prétend pouvoir marger un peu plus ses ventes en achetant la matière première en Chine (pour ceux qui parfois végêtent devant les pubs, ils retrouveront facilement le coupable). Un message édifiant produit par une entreprise qui ne me fera jamais croire qu’elle n’achète pas déjà sa matière première en Chine ou dans un rayon plus proche mais surtout moins cher (en plus ils font des plats cuisinés, et si ça se trouve, le jambon qu’ils y mettent, c’est même pas du porc 😉 ).

Bref. Je suis parti du cinéma pour arriver dans l’agro-alimentaire, car sur le fond le problème est identique. Les médias sont de la partie. La crise économique est le fer de lance d’une série de reportages qui insiste un peu trop sur le prix des choses, qu’il s’agisse de produits ou de services, et le contexte économique est, aussi étrangement que cela paraisse, un terreau pour y faire pousser des innovations aberrantes faites des produits ou des services de « luxe » qui n’existaient pas avant. Parlez-moi d’un scoop, bon sang ! Je préférerai apprendre qu’on a éliminé le cancer, qu’on peut nourrir toute la population mondiale, qu’on n’a aucun problème démographique où que ce soit, plutôt que de voir qu’on appauvrit un peu plus nos classes sociales les plus représentées en imaginant un commerce de bouche et de loisirs hors de portée de leur bourse.

Il y a des fois, je comprends les communistes… Ai-je pour autant la fièvre ?

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Cet article a été publié le lundi 25 février 2013 à 17:31 et est classé dans Cinéma, Divers, L'Ours. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.

Un commentaire

 1 

Bon. Et bah j’ignorais tout de ces places « premium » et comme toi ce principe me scandalise. Ton recoupement avec la dégringolade de la qualité et le fait qu’on paye de plus en plus chers des produits et services au mieux égaux à ce qu’on avait déja est vraiment pertinent.
La plus grosse question en suspend : comment faire pour changer quelque-chose ? Malheureusement, rien. Les médias et leur travail de saccage intellectuel réussissent au quotidien à convaincre la populace que ses ordres sont des désirs.
Bonjour tristesse.

25 février 2013 à 21:19

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