plume_encrierLa place du personnage dans un récit, la manière dont il y figure, et son histoire, sont les éléments qui permettent de bâtir nos personnages. Il ne nous reste que les finitions pour compléter le portrait.

Nom et culture

Trouver le nom de nos personnages n’est pas forcément la dernière des choses à faire, mais ce n’est pas nécessairement la première non plus. Afin d’enrichir son univers, il convient de retenir que les noms des personnages font partie de leur culture. C’est évident quand nous évoquons les prénoms des habitants de notre planète, et encore, à notre époque, le mélange de diverses culture lentement assuré par les conquêtes et les assimilations, ont crée des registres de prénom tout à fait étonnant. Me prénommant moi-même Wilfrid (sans « e », c’est voulu), un prénom d’origine anglo-saxonne, mais étant français, il y a un point à partir duquel la culture ne s’applique plus à l’individu. C’est le cas chez nous, mais dans un monde imaginaire, pas nécessairement, et ne serait-ce que dans notre passé par exemple, donner un prénom allemand à un français aurait été à une époque parfaitement inimaginable (ou le contraire selon le cas). A cela s’ajoute le phénomène d’assimilation qui intègre des éléments d’autres cultures à la sienne parce que l’histoire et la société de l’époque l’y a permis. C’est comme ça que Wilfried entre dans la liste des prénoms usité en France. Ne me demandez pas à quelle époque, je n’ai pas cherché, mais c’est pour l’exemple 🙂

Par le passé et dans des mondes imaginaires plus claniques ou primitifs, la préservation de la culture s’avère extrêmement importante. Et cela commence par la patronymie. C’est un bon point de départ pour concevoir le nom de ses personnages. La cohérence d’ensemble de votre univers imaginaire ne pourra être que renforcée par cette dimension culturelle. Il est davantage du ressort du background que de poser les éléments culturels d’un monde imaginaire, aussi nous ne nous attarderons pas sur cet aspect pour le moment. Si l’on admet qu’un personnage est issue d’une culture donnée de ce monde imaginaire, il doit être nommé en fonction de cette appartenance. Dans le cas de notre bûcheron issue d’un monde proche de l’Europe moyennageuse, l’on pourrait admettre que l’on est culturellement proche de la france de cette époque. Des prénoms encore en usage aujourd’hui y figure, tel que Jacques, Henri, Louis, Nicolas, etc.. mais lorsqu’on évoque ce genre de prénom, ça ne fait pas assez exotique à notre goût.

Ensuite, curieusement, on ne peut s’empêcher de pousser le raisonnement de l’attribution d’un nom en fonction de ce qu’il nous évoque, de ce qu’il nous fait ressentir. En effet, on préfère donner au héro de notre histoire un nom qui « pète », quelque chose de marquant, qu’on retient facilement et qui va bien au personnage par rapport à son rôle. Souvent, les personnages ostensiblement « mauvais » héritent d’un nom qui accroche voire qui écorche avec beaucoup de consonnes, tandis que les « gentils » dispose d’un nom plus chantant et fluide. C’est une tendance qui se perd, non seulement parce que c’est véritablement un cliché, mais aussi parce que c’est sacrément artificiel. Et puis a y réfléchir, si « mauvais » il y a, c’est bien plus amusant qu’il ait un nom aussi chantant qu’un héros de geste. A cela, je choisis généralement la neutralité.

Enfin, le nom peut être totalement inventé, mais même dans ce cas, on sera bien avisé de le faire coller à la culture du personnage, donc, quelque part, même si on invente un nom, on invente la culture qui va avec ou inversement. L’avantage des noms inventés est la liberté donnée pour créer les sonorités qui nous plaisent. Pour ma part, je m’efforce toujours d’inventer des noms dont la prononciation à haute voix me plaît, non seulement le nom en lui-même, mais le nom dans différents contextes où il est utilisé afin de voir si une phrase comportant ce nom passe bien, tant à l’écrit qu’à l’oral.

Après quelques réflexions, j’ai décidé d’appeler le bûcheron de mon histoire Fulbert Boisdru, ce qui est, pour le coup, plutôt caritatural. La femme assassinée de Fulbert sera Emeline. Et le seigneur s’appellera Hugues de Grandgoulet.

Dialogues, tic, TOC

Un autre élément qui rend compte de toute la cohérence d’un personnage est le respect de sa manière de parler dans tout dialogue auquel il participe, de son accent, de ses tic ou TOC (Trouble Obsessionnel Compulsif) de langage (et pas seulement). Tout individu, de par son éducation, son mode de vie, et son quotidien cultive une manière de s’exprimer et une manière d’être unique ou disposant de caractéristiques suffisamment remarquables pour être inscrites dans sa personnalité. Mais disons que si rien n’oblige un personnage a obligatoirement être victime d’un ou plusieurs TOC ou d’avoir des tics, le phrasé, le vocabulaire et le ton employé par lui devraient permettre de l’identifier tout autant que son apparence ou ses actions.

Nous accédons là à un niveau de détail qui ne touche que les plus travaillés des personnages. Si l’on peut se contenter d’une approche simplifiées consistants à adopter un certain niveau de langage en fonction du milieu social du personnage, mais pas nécessairement d’en employer un différent pour plusieurs personnages du même rang, il vaut quand même mieux éviter qu’un enfant de la rue construise des phrases avec plus d’un verbe et des mots de plus de 3 syllabes ou qu’un noble s’abaisse à jurer comme un charretier. Cette distinction semble évidente au premier abord, mais n’est pas si facile à mettre en pratique. L’auteur a ici un travail qui le confine à l’interprétation du personnage, et se doit d’acquérir un niveau de langage au moins égal au personnage pour lequel il s’exprime. Cela étant, il doit donc réfléchir pour faire moins bien quand il interprête un mendiant, un mercenaire sans éducation, un marchand ou un garnement de dix ans.

Au théâtre, au cinéma ou en jeu de rôle, ce sont des éléments d’interprétations, mais aussi de personnalité. Un juron qui revient systématiquement dans toute exclamation de surprise d’un personnage est un élément qui nous permet de le reconnaître. Oublié dans l’interprétation, il retire quelque chose de fondamental à sa personnalité. Combien de fois nous est-il arrivé de nous moquer d’une personne qui ne peut s’empêcher de ponctuer ses discours avec des hésitations ou un mots récurrent intervenant dans toutes ses phrases alors qu’un tel mot n’y est même pas à sa place (les « heu », « donc », « mais », etc.) ? Ne vous cachez pas, je le sais. Tout le monde l’a fait (se moquer… voire ponctuer ses phrases de tout ça sans faire exprès), et ceux qui disent le contraire mentent. Mais voilà, c’est quelque chose qui est tellement présent dans notre réalité qu’on se demande pourquoi cela ne transparaîtrait pas plus souvent dans un récit. Est-ce si honteux qu’on ne pourrait en doter nos personnages ? Au contraire, c’est encore quelque chose qui les rend encore plus vrai. C’est du moins mon parti pris.

Et la mode ? Et les autres fioritures ?

Pour la mode, c’est un peu pareil. A ceci près qu’un personnage n’est pas aussi attaché à sa façon de parler qu’à un vêtement. Reconnaître un personnage par sa tenue est donc moins évident, d’autant plus lorsqu’un personnage appartient à une faction uniformisée, comme un groupe militaire ou para-militaire ou une quelconque organisation officielle. D’autant plus que comme dans la vraie vie, il y a sûrement un grand nombre de personnages qui se fichent de la mode et s’habillent avec ce qu’ils trouvent ou peuvent acquérir. C’est donc plus une caractéristique culturelle. Sur la Terre à notre époque, les nations les plus civilisée cultivent la mode comme un loisir, art dans lequel la recherche de la tenue vestimentaire dans le vent est initiée par l’élite et déclinée pour les différents niveaux sociaux sur des critères de moins en moins sélectifs. Dans un monde plus primitif, la mode est un sport de riche, ou n’a carrément aucune importance.

Sans aller jusqu’à parler de mode vestimentaire, nous accepterons quand même qu’un personnage ait une préférence de couleur et de style qui n’appartient qu’à lui. Dans les teintes et les matières utilisées, on peut très vite avoir fait le tour et retrouver tel ou tel style largement décliné dans une population. Mais les personnages créé doivent pouvoir se distinguer et avoir quelque chose bien à eux. Si ce n’est pas sur la tenue vestimentaire, ça sera sur autre chose. Il ne faut simplement pas négliger cet aspect. On admettra que la notion de maquillage et de parfum fait également partie de la tenue vestimentaire. A ce stade, les caractéristiques tribale d’un individu (tatouage, piercing, scarification, etc.) participent également à son look, sans oublier les cicatrices et reliquat d’un vie volontairement ou accidentelement mouvementée qui aura pu laisser une mutilation visible. Et enfin, nous nous intéresserons également à son physique. Qu’il ait un nez, une bouche, des yeux et des oreilles ne fait la plupart du temps aucun doute, mais comment chacun de ces organes est-il exactement (couleur des yeux, forme du nez, ouverture de la bouche, épaisseur des lèvres, taille des oreilles, couleur des cheveux, coupe, etc.) ? Une caractérisque physique peut être assez remarquable pour qualifier un personnage. Rien que dans l’Histoire, une Berthe au Grand Pied épouse de Pépin le Bref aura laissé entrevoir des sourires sur les bancs d’écoliers et aura sans doute laissé plus de trace que Bertrade de Laon épouse de Pépin Martel.

Au-delà de la seule tenue vestimentaire et de l’apparence, c’est l’ensemble des goûts d’un personnage qui nous intéresse. Les goûts culinaires, les goûts architecturaux, les goûts en matière de décoration d’intérieur, les marottes, les hobbies, bref, tout ce qui concerne un individu réel s’applique aussi à un personnage. Selon la culture et le contexte, certains « loisirs » ne sont évidemment pas considérés. C’est à chaque auteur de tenir compte de ça lorsqu’il doit estimer quels sont les centres d’intérêts et les goûts de ses personnages. Mais là encore, c’est un petit plus qui peut faire la différence entre la crédibilité et la platitude. En somme, on n’a jamais totalement fini de décrire un personnage tellement il peut être riche et complexe, finalement, tel que l’est une vraie personne.

Fiuuuu

Oui, on peut soupirer d’aise. Si chacun des éléments cités ici figure à plus ou moins grande échelle dans la description d’un personnage, l’on aura tellement rapproché celui-ci de la vie réelle que son crédit en tant qu’être plausible sera immense. Il convient de procéder de même pour tous les personnages d’un récit afin qu’ils aient autant de présence et de réalité et enrichissent le récit, étant entendu que ce n’est pas parce que le personnage a tel ou tel trait qu’il faut obligatoirement en parler. Rappelez-vous que la surface ne vaut que si la profondeur existe.

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Cet article a été publié le samedi 27 avril 2013 à 16:26 et est classé dans Jeu de rôle, L'Ours, Romans. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.

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