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Le méchant hollywoodien en 7 points

   Ecrit par : Wiz   in Cinéma, L'Ours

Cet os est le numéro 4 sur 12 du cadavre Humeur d'ours

Voici le résultat d’une étude sociologique réalisée (par moi tout seul) sur des personnages de fiction principalement issus de l’imagination des scénaristes américains qui sévissent depuis quelques décennies à Hollywood. En général, je sais qu’on a tendance à faire ce genre d’étude à propos de vraies personnes. Pour ma part, je trouve qu’il n’est pas inintéressant de s’intéresser à la genèse de personnages imaginaires comme ceux-ci, ne serait-ce que pour pointer du doigt ce qui leur fait défaut ou ce qu’ils ont en trop et dont ils seraient bien avisés de se passer. Pour comprendre pleinement ce qui motive cet article il faut avoir une idée à peu près précise de ce que je pense du Méchant Hollywoodien (MH dans ce qui suit) en général : c’est une tanche. Ou pour parler crument, quand un MH n’est pas aussi bête qu’un manche à balai, il s’efforce de prendre bien garde à ne jamais réussir ce qu’il entreprend. Parti de cette idée, on constate avec effroi qu’il existe une recette fiable pour créer ce genre de personnage de fiction avec le résultat escompté… Mais regardons-y de plus près.

1 – Le MH est une caricature

MH_1_ZorgPour être remarquable (et il doit l’être, sinon il ne pourrait pas être un MH), le MH doit être exagéré. Ce qui marchait bien, fut un temps, c’était une sorte de casque noir intégral avec une combinaison et une cape de même couleur, et on entendait le bruit d’un respirateur artificiel partout où il apparaissait. Dans le cinéma de science-fiction ou le cinéma fantastique, il faut reconnaître que le noir est une couleur qui fonctionne bien. Mais ce n’est pas systématique. En fait, avec l’expérience, les scénaristes savent comment ils peuvent nous faire reconnaître un méchant au premier coup d’œil et le costume n’est pas obligatoire pour ça (c’est même plutôt has-been à présent). Ça peut être une expression du regard (la brute et le truand dans le bon et les deux autres), une manière de s’exprimer (les méchants cultivés de James Bond), un TOC (boire du sang dans Dracula), un tic (clignement d’œil dans Le Cinquième Élément), une coupe de cheveux improbable (coupe au bol à 90° dans le Cinquième Élément), une activité moralement discutable (marchand d’arme dans le Cinquième Élément), le goût de la démesure (politique de licenciement dans le Cinquième Élément), une expression récurrente (« désappointé » dans le Cinquième Élément), etc.. Bref, en fait bien des choses permettent de reconnaître la caricature du MH et il n’est pas forcément indispensable de toutes les mélanger pour obtenir un résultat même si c’est beaucoup plus évident ainsi (exemple, Zorg dans le Cinquième Élément 😉 ).

2 – Le MH se dévoile toujours

MH_3_MirandaEn fait, si on peut arguer qu’on ne peut être le méchant d’une histoire sans être parfaitement identifié comme tel à un moment ou à un autre, ce besoin de reconnaissance à la fois instinctif et viscéral fait que le méchant ne doit jamais rester anonyme. En effet, l’anonymat dont certains usent dans les films qui veulent nous cacher son identité finit toujours pas être brisé, et doit l’être. Puisque c’est de savoir qui il est qui permet de l’arrêter et il est impératif qu’un MH veuille (même inconsciemment) être arrêté. Sans quoi il gagnerait à la fin et c’est absolument impensable. Après, je le reconnais, c’est plus souvent le scénario ou la réalisation qui nous dévoile le méchant, alors que lui ne le souhaite pas forcément (le méchant de scream n’a pas du tout l’intention d’être démasqué à priori, pourtant il faut bien, parce qu’il est moche), mais bon, on joue dans un film ou on n’y joue pas, faut assumer. A ce titre, la méchante Marion Cotillard alias Miranda la fille de Ra’s Al Ghul qui se fait passer pour une gentille dans Batman, the Dark Knight Rises. Elle ne se serait pas révélée, elle aurait pu poursuivre ses exactions sans risque, en faisant porter le chapeau à Bane. Et Ra’s Al Ghul lui-même dans Batman begins, c’est pas tellement mieux.

3 – Le MH doit parvenir à ses fins mais…

Alien 1979 rŽal : Ridley Scott Harry Dean Stanton COLLECTION CHRISTOPHELEn fait tout repose sur le « mais », toutefois, il est important que pour que le « mais » prenne tout son sens que le méchant ait les moyens d’arriver à ses fins et y parvienne. Tout ce qui fait la force de cette caractéristique est que quel que soit les moyens mis en œuvre, le méchant perd. Par exemple, dans Alien, la créature a survécu à tout, y compris à la destruction du Nostromo puisqu’il s’est planqué dans la navette de secours avec Ripley. Mais c’est à ce moment, alors qu’il ne reste plus qu’une petite humaine et son chat à tuer pour être tranquille, qu’il se met à dormir, laissant ainsi Sigourney Weaver prendre l’initiative. On se souviendra aussi de Thusla Doom dans Conan (1982) qui, entouré de milliers de disciples se laisse décapiter par Conan devant eux sans même leur demander d’intervenir, le gars Conan dont il sait que c’est un sacré lascar pourtant, vu qu’il a une bonne dizaine d’occasion d’en finir avec lui au cours du film et qu’il n’essaie même pas.

4 – Le MH ne vérifie jamais le CV de ses alliés

Et j’ajouterai même, pas plus que le profil psychologique. Quand on croit que le MH est parfait, il prend un malin plaisir à s’entourer d’hommes de main incompétents. Cette incompétence entache le MH et fait voler en éclat son image de perfection, étant donné que c’est quand même lui qui les a choisi et qui, de surcroît, leur confie des tâches dans lesquelles ils vont échouer. Les seconds couteaux de pratiquement tous les James Bond entrent dans cette catégorie. D’ailleurs, sur l’ensemble de cette licence, leur nombre frise l’absurde. Bien qu’il s’agisse d’un monumental cliché caricatural, le 5ième Élément vérifie cette règle avec outrecuidance.

5 – Le MH doit s’efforcer de ne pas tuer le gentil même quand il pourrait porter le coup fatal

MH_4_Darth_MaulC’est une technique très difficile à acquérir. Si le plan du méchant réussit, le gentil est à la merci du méchant, soit parce qu’il est prisonnier, inconscient, immobilisé, distrait, etc.., et là, alors que le MH n’a qu’une toute petite chose à faire pour en finir (genre appuyer sur un bouton, trancher une gorge, jouer un disque de Francis Lalanne), il doit se retenir de le faire. Parce que s’il le faisait, le gentil mourrait et que ce n’est pas le but (même conscient) du MH. Donc, si par exemple, le MH tient le gentil immobilisé en joue, c’est le bon moment pour commencer à lui parler. Ça laissera le temps au gentil de se libérer ou à sa chance insolente d’agir. Si le gentil est pris dans un piège mortel, c’est le bon moment pour partir et le laisser se dépatouiller avec, car si le MH restait pour vérifier que son piège fonctionne, il pourrait intervenir et condamner le gentil. Et là où la technique est difficile à acquérir, c’est qu’il faut faire en sorte que cette décision soit la plus inexplicable possible. Par exemple, dans Star Wars épisode 1, lorsque Darth Maul projette Obiwan dans un puits et que celui-ci s’y retrouve comme un con suspendu à une saillie hors de portée du sith, il est important de faire des étincelles avec son sabre laser sur le bord du puits et non pas chercher à user de la Force pour faire lâcher prise au gentil. Idem dans l’épisode 2. Quand Obiwan et Anakin sont hors de combat face à Doku et que celui-ci range son sabre laser et attend que Yoda arrive. Les MH de la série Die Hard sont aussi très doués pour ça. C’est sans nul doute l’art le plus difficile du MH, car c’est ce qui le décrédibilise en tant que méchant, mais c’est qui le crédibilise avec une force sans pareille en tant que MH.

6 – Le MH a une capacité de survie proportionnelle à la durée du film

MH_5_ColonelCe point essentiel est moins un trait de caractère qu’une contrainte scénaristique qui concerne tous les grands MH. Tant que la fin du film n’est pas proche, le MH a une capacité de survie à la limite de l’improbable. A noter que cette capacité n’est valable que dans le cadre du film. Dans la mesure où il doit perdre à la fin, il ne peut pas survivre à son ultime combat, excepté si le film a une suite et qu’il est prévu pour jouer dedans. Exemple de cette capacité de survie, le Colonel d’Avatar, un vrai dur à cuire qui échappe à l’explosion de son héliporteur in extremis alors que tout le monde y passe. Ce qui est particulièrement agaçant dans ce pouvoir, c’est la propension du MH à laisser penser qu’il est mort, pour faire une apparition surprise au dernier moment (c’est particulièrement vrai avec les monstres, la reine Alien dans Aliens par exemple), un moment soi-disant inattendu, mais qui est tellement attendu et convenu qu’il n’y a plus la moindre surprise.

7 – Le MH perd

Oui, il serait particulièrement discourtois d’oublier cette règle de construction majeure du MH : il perd. Qu’il meure ou non, qu’il revienne ou non dans une suite, quoiqu’il arrive, il perd. Toute tentative scénaristique de changer cette issue est généralement vouée à l’échec, soit parce que le public ne comprendrait pas pourquoi ça se passe ainsi, soit parce ça ne tient tout simplement pas debout qu’il réussisse (cf. règle 5). Ça ne veut pas dire que le fait que le gentil gagne tienne debout, mais en tout cas, ça choque moins les convenances. Il est vrai que dans la plupart des films, la mort du MH est aussi synonyme de défaite, mais ces deux fonctions ne sont pas obligatoirement rassemblée, comme ça peut être le cas quand le MH a déclenché une menace que sa mort n’arrête pas en tant que telle.

Avant de conclure, il convient de préciser que le respect de toutes ces règles ne permet pas à coup sûr de réussir son MH. Car il faut savamment les doser pour parvenir à un résultat crédible et non pas risible. A ce titre, il convient de préciser que beaucoup de MH sont bien plus risibles que crédibles, mais c’est le prix à payer pour un travail bâclé.

Le MH a-t-il de l’avenir ? Oh oui, il en a. Depuis quelques années à Hollywood, les auteurs s’ingénient à respecter à la lettre ces règles. Elle doivent figurer sur un poster en grand dans les bureaux où travaillent les scénaristes pour ne pas qu’ils oublient ce concept de qualité.

Petit jeu : je n’ai probablement pas pensé à toutes les règles essentielles qui qualifient le MH. L’exhaustivité n’est pas de ce monde. Alors si vous en voyez une, merci de la poster en commentaire avec un exemple 🙂

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Cet article a été publié le vendredi 29 novembre 2013 à 18:00 et est classé dans Cinéma, L'Ours. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.

2 commentaires pour le moment

Anthony
 1 

On pourrait aussi ajouter qu’à Hollywood, il est fortement apprécié que le méchant soit étranger et que sa nationalité colle à l’actualité: Russe à l’époque de la guerre froide. Parfois français comme dans SWAT quand la France s’oppose à une intervention militaire injustifiée en Irak. Les arabes ont été très populaires ces dernières années: je dis arabe sans plus de précisions car ils ne font aucune distinction de nationalité. Un basané avec une barbe c’est un arabe et donc forcément terroriste. Depuis peu la mode semble se tourner vers la Corée du Nord. En général, il n’y a aucune logique entre la nationalité et la capacité de nuisance du MH. Pour reprendre l’exemple de la Corée du Nord dans White House Down ou l’autre film pourris qui raconte exactement la même histoire, il n’y a aucun problème à ce qu’un MH soit en mesure de lancer un assaut militaire victorieux digne du débarquement de Normandie avec seulement une petite trentaine de soldats contre l’homme le plus protégé du monde sur son propre terrain. Bien sûre, c’est là qu’intervient le GHH (gentil héros hollywoodien) tout solitaire avec juste sa bite et son couteau et qui arrive à reprendre la place à lui tout seul.

30 novembre 2013 à 09:40
 2 

Bonne remarque. Je prends 🙂

30 novembre 2013 à 11:25

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