26
Juil

The Dark Knight Rises

   Ecrit par : Wiz   in Cinéma

Pas de fioritures sur le titre, je vais me servir après. Et comme il s’agit d’une critique de film, il est à craindre que je spoile un peu le contenu. Rien de m’engage plus à l’objectivité que ce Batman le 3ième de la série Nolan pour la simple et bonne raison que le battage médiatique et l’attente suscitée par cet opus sont tels que je ne vois aucune raison d’épargner ce pour quoi on m’a si insidieusement monté le bourrichon. Non, rassurez-vous, je ne vais pas dire que du mal de ce film, loin s’en faut, mais je n’en dirai pas que du bien, parce que faut pas se foutre de la gueule du monde.

Depuis le haut de ce piédestal invisible des illusions de grandeurs hollywoodiennes, trône le roi Nolan. Soit c’est le propre des hommes rendus trop imbus d’eux-mêmes par la célébrité, pourtant pas volée, soit ils sont clairement trop sollicités sur bien trop de choses pour pouvoir s’occuper de leurs bébés à 100%, mais j’estime qu’à un moment donné, il faut savoir choisir entre créer une oeuvre cinématographique et passer son temps à administrer le royaume de la colline à grosses lettres de L.A.. Je trouve que The Dark Knight Rises est à l’image d’un auteur/réalisateur/producteur qui ne s’occupent pas assez de son gosse, qui délègue trop et qui finit par admettre que les buzz de toutes sortes, les interviews, les teasers en veux-tu en voilà, et les millions de patates marquées d’un S barré mises sur la table (dont certaines finiront sûrement dans les poches de journalistes corruptibles doctement copiés par l’AFP) suffiront à en faire une oeuvre inoubliable. Echec. Ce Batman ne sera pas inoubliable pour moi. Je le trouve moins bien que The Dark Knight. Mais argumentons un peu.

Le nouveau jouet de Batman : la Bat (quel nom original ! )

Scénaristiquement, cet opus est bien conçu. C’est d’ailleurs le seul truc pratiquement irréprochable du film. Ca se passe 8 ans après the Dark Knight et pourtant, ça en est la suite directe, les premières images de cet épisode rééditant sans vergogne les dernières du précédent. A ce titre, les références aux deux premiers Batman nolaniens (il mérite bien un adjectif à son nom ce con) sont très nombreuses et la scénarisation repose en grande partie sur eux. Gotham va a nouveau faire l’objet d’une attaque majeure devant laquelle les fantaisies du Joker ne sont guère mieux que des coups de pistolet à bouchon. 8 ans après le fou furieux mec aux cheveux verts, Batman n’est plus. Il a disparu, et Bruce Wayne vit reclus dans son manoir enfin reconstruit (détruit dans le 1, en cours de reconstruction dans le 2) sans se préoccuper du monde. Un monde qui a tourné sans lui. Et là dessus arrive le méchant, Bane (prononcez Baïne). Il a certes du charisme et un style bien à lui, mais il n’est pas aussi marquant que le Joker de The Dark Knight. Par contre il est redoutablement efficace. Voilà, je n’en dis pas plus sur l’histoire, le reste vaut d’être découvert par soi-même.

Cette accroche est un bonne base pour montrer l’ambition du film. Oh oui, ce truc est très ambitieux. Il s’agit là de mettre les petits plats dans les grands, car le Joker avait à lui seul foutu un sacré bordel dans Gotham City, ce Bane a donc un sacré challenge à relever. En 8 ans, Gotham a bien changé d’ailleurs. Elle ressemble à s’y meprendre à New York, et certaines images oserons même nous montrer un plan large de l’Île de Manhattan en nous faisant croire qu’elle contient la ville presque entière de Gotham et quelques 12 millions d’habitants. Peu crédible quand on sait que New York comporte moins de 10 millions d’habitants et que Manhattan est de loin l’arrondissement le plus petit de New York (même s’il a la densité la plus forte) avec moins de 2 millions d’habitants. Bref, je n’ai pas trouvé judicieux, moi en tant que français, que l’on tente de me faire avaler une bouchée de la Grosse Pomme 6 fois plus volumineuse que la normale, alors imaginez aux US ? Cela dit, ce n’est qu’un détail. C’est pourtant ce genre de détails qui fourmillent dans le film et qui vont plomber en grande partie sa crédibilité.

Cadrage typique des combats entre Bane et Batman : plan américain... Cherchez l'erreur.

La réalisation est bien moins audacieuse que The Dark Knight. Tout d’abord, nous avons affaire à un Batman fatigué qui a cessé de sauter et s’agiter comme un beau diable lorsqu’il combat. Batman est devenu un piéton (quand il ne conduit pas son tout nouveau jouet volant), il n’utilise plus que ses bras pour se battre et ça manque furieusement de punch. Même les empoignades avec Bane ne restituent pas la puissance des deux combattants. C’est un très mauvais point dans un film de super-héros, car si Batman comme Bane sont justes des hommes sur-entraînés, le rendu à l’écran est minable. Donc pour le film de super-héros, on repassera. L’action est au rendez-vous, mais clairement pas à la mesure du sujet. Les plans sont d’une simplicité à faire peur, ultra-classique et sans fioritures. Bref, la réalisation ne m’a pas emballé, et le montage n’en parlons pas. La narration est remplie de trous, de personnages qui passent d’un endroit à un autre, d’une position à une autre sans continuité, pour n’être au final qu’une succession de plans qui n’ont de queues et de têtes que par les dialogues ou la musique que l’on entend en même temps. Ajouté à cela un jeu d’acteur coincé.

J’offre une mention exceptionnelle à Michael Caine dont la bouille et le standing m’ont toujours gentiment remis à ma place, mais en revanche les expressions de Christian Bale ne brillent que par les multiples changements d’apparences de Bruce Wayne (et je ne parle pas du costume de Batman). Marion Cotillard commence à se la jouer un peu trop américaine à mon goût, mais en même temps, elle n’avait pas là un rôle facile. Morgan Freeman est un peu trop mis au second plan, tout comme Gary Oldman qui est sans doute le plus expressif de tous les personnages. Anne Hathaway qui incarne ici une Catwoman très moderne et qui réhausse à sa manière le niveau de l’action, sera pourtant moins marquante que Joseph Gordon-Levitt qui constitue à lui seul le fil rouge de toute l’histoire. Finalement, je dirai que le rôle le plus juste est celui de Tom Hardy déguisé en Bane, un rôle pas du tout évident compte-tenu du masque qu’il porte et qui réduit de moitié au moins sa capacité d’expression, mais il parvient à donner une véritable présence à ce personnage grâce à cette voix si particulière dont le dote sa prothèse bucale. Curieusement, dans tout ça, je trouve qu’il n’y a pas vraiment de héros, pas de personnage qui se démarque franchement des autres et Batman est noyé dans cette faune comme un fantôme.

La tite Anne Hathaway en Catwoman. Un personnage bien traité... l'un des rares.

Il est amusant de constater la présence de quelques seconds rôles comme Burn Gorman (un membre de l’équipe Torchwood), Cillian Murphy (qui réendosse pour quelques courtes scène l’Epouvantail dingo du premier opus et qui faisait aussi une apparition au début du second), et une courte irruption de Christopher Judge (le célèbre Teal’c de Stargate SG1) qui incarne ici un loubard à la solde de Bane qui menace de tuer John Blake, le personnage joué par Joseph Gordon-Levitt. Il y a également Liam Neeson qui reprend du service en tant que Ra’s al Ghul pour un court passage introspectif. En fait la distribution est énorme tant il y a de personnages qui ont au moins une phrase à dire.

Que reste-t-il de tout ça ? Je ne serai pas vache (parce qu’il n’y a pas d’année de la vache en astrologie chinoise mais aussi parce que je suis un ours), ce Batman là n’est pas inintéressant. Si on s’imprègne un peu de l’histoire, si l’on cède un tant soit peu à l’intensité dramatique instaurée, si l’on se laisse surprendre par cet étonnante révélation vers la fin de l’oeuvre, si l’on se laisse bercé par cette bande son oppressante d’Hans Zimmer, et si l’on s’attache peu aux détails, The Dark Knight Rises s’avère un divertissement appréciable. Mais de là à dire qu’il s’agit du meilleur Batman de tous les temps, je m’inscris en faux. Les journaleux lêche-botte ou pro-hollywoodiens n’ont peut-être que des superlatifs extasiés à lui associer, c’est toutefois une très mauvaise publicité que d’encenser ce film à ce point. Il complète très bien la série initiée en 2005 par Batman Begins sans pour autant la clore (Nolan, petit malin, tu veux encore nous vendre du Batman toi ! ), mais il n’arrivera pas à enterrer The Dark Knight qui, lui, était vraiment le meilleur Batman de tous les temps.

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Cet article a été publié le jeudi 26 juillet 2012 à 19:12 et est classé dans Cinéma. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.

3 commentaires pour le moment

 1 

Ah ben en effet, on a à peu près le même avis, même si le tien est plus fouillé.

Pour me part, je rajouterai que le plan de Bane est juste too much, Il faudrait faire un moratoire sur l’usage de terrorisme nucléaire dans les films hollywoodiens…

29 juillet 2012 à 14:14
Capoune
 2 

Et bane il a rien de particulier ? A la base c’est un mec normal accro au venin , un espece de dopant qui le fait quadruplé de volume , il a rien d’un mec surrentrainé juste , un gros bourrin surpuissant et junkie …

31 juillet 2012 à 11:09
 3 

[…] qui a fait ses premiers pas dans la série Torchwood et au cinéma dans un rôle secondaire de Dark Knight Rises (il paraît qu’il joue aussi dans la série Le Trône de Fer saison 3, mais je n’ai pas […]

12 août 2013 à 18:05

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