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Juin

After Earth

   Ecrit par : Wiz   in Cinéma

after_earth_1Un jour monsieur Smith a décidé de faire du cinéma avec son fils, monsieur Smith junior. Alors, il a écrit une histoire à la con, il est allé voir un réalisateur au fond du trou, monsieur Shyamalan, et ils ont fait After Earth.

Ma chronique pourrait s’arrêter là, car j’ai l’impression d’avoir déjà tout dit. Le pauvre réalisateur M. Night Shyamalan n’a plus autant d’aura qu’il en a eu par le passé. Si c’est un très bon réalisateur, on dirait qu’il a épuisé sa capacité à nous surprendre. Il avait pourtant crevé l’écran avec 6ième sens, étonné avec Incassable, intrigué avec Le village, dérangé avec Signes, enchanté avec La jeune fille de l’eau. Mais quelque chose s’est brisé. Un certain « dernier maître de l’air » a fait de lui un réalisateur « normal » qui peut faire des trucs tout pourri, et depuis, M. Night Shyamalan semble être resté « normal ». Et si son nom, associé à celui de Smith, m’a attiré une fois de plus (dirais-je de trop ? ) dans une salle obscure, je dois dire que je suis déçu. Terriblement déçu.

Attention, spoiler inside.

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Le père et le fils sont dans un bâteau… L’équipage tombe à l’eau. Que reste-t-il ?

After Earth, c’est l’histoire d’un père, un héros militaire « sauveur de l’humanité » et de son fils qui essaie de marcher dans ses traces. Ça s’appelle After Earth parce que l’humanité a flingué la planète Terre depuis longtemps (1000 ans d’après le pitch), et qu’elle est allé vivre ailleurs. Dans cet ailleurs, ils ont rencontré une race extra-terrestre hostile qui a confronté les humains à des créatures créées de toute pièce pour les exterminer, des Ursas, dont la capacité à provoquer et sentir la peur (son seul sens avec le toucher a priori), et l’armement biologique embarqué (comprendre, dents, griffes, et muscles) leur permet d’éliminer un nombre considérable d’ennemis. Dans ce futur où les humains sont capables de voyager et de coloniser l’espace, ils se battent au corps à corps avec des armes blanches (c’est pas comme si, en 2013 on ne maîtrisait pas déjà les armes à feu, les lasers et les canons à impulsion électro-magnétique… mais passons)… De fait, les Ursas font des ravages. Jusqu’à ce que Will Smith arrive, ne ressentant plus la peur et, par voie de conséquence, devenant invisible pour les Ursas, ce qui lui procure un sérieux avantage. Bon, seulement, c’est pas le tout d’être un héros, disons qu’à côté, c’est pas un super-père. Du coup, après une entrevue durant laquelle le fiston lui a annoncé qu’il n’avait pas réussi à intégrer le corps des « rangers » dont le papa est la mascotte, le papa l’emmène en voyage « d’agrément » pour essayer de profiter un peu plus de sa présence et se réconcilier avec.

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Le moment le plus cliché du film…

La croisière en question vers une colonie d’entraînement de rangers (dont on ne sait pas pourquoi on les formes à des parsecs de la planète où ils sont sensés être pour défendre la population civile) est aussi le convoi d’un Ursa vivant capturé pour servir à entraîner les recrues. Mais le voyage se passe mal, le vaisseau est endommagé durant le parcours, et pour échapper à la destruction il se « transfère » (sans doute grâce à une technologie de voyage hyperspatial qu’ils auraient pu employer depuis le début pour éviter de naviguer au milieu d’un champ d’astéroïde). Il se retrouve accidentellement en orbite autour de la Terre, planète mise en quarantaine depuis 1000 ans. Toutefois, pas le choix, le vaisseau est trop endommagé pour aller ailleurs et il s’écrase sur Terre. La queue de l’appareil, avec l’Ursa dedans, se détache du reste de l’appareil pendant la chute. Il n’y a que deux survivants du crash, le papa Smith, blessé au point de ne plus pouvoir se déplacer les jambes brisées avec une hémorragie, et le fiston Smith, qui lui est « intact ». Dans les équipements de survie, la balise de détresse est endommagée et la seule autre en possible état de fonctionnement se trouve dans la queue du vaisseau qui s’est écrasée ailleurs. A l’extérieur de la coque, la nature est luxuriante et hostile, l’atmosphère toxique pour l’homme, et 100 km séparent les deux parties du vaisseau.

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Le « patron » dans son vaisseau en ruine avec pas mal de trucs qui fonctionnent encore… Juste exactement ce qu’il faut.

Je viens de raconter là le premier quart d’heure du film. Tout le reste est cousu de fil blanc et déductible à partir de cette situation de départ. Il n’y a aucune surprise. C’est un film américain, donc happy-end, le gentil gagne, faites jouer la fanfare. La distribution est très réduite (10 noms dans le casting lors du générique de fin), c’est donc un film très intimiste où le seul véritable intérêt de l’histoire c’est la construction de la personnalité du fiston Smith a travers cette épreuve, ce qui reste, somme toute, assez superficiel. Bref, c’est particulièrement insipide. Les effets spéciaux, les décors, l’action et la réalisation sont de très bonne qualité. Mais le sujet est clairement sans intérêt. Un documentaire sur les relations père-fils dans un milieu militaire aurait été tout aussi éloquent.

Bref, ce film est du vent. Et M. Night Shyamalan a définitivement perdu ma confiance en tant qu’auteur (parce qu’il est l’un des scénaristes). Pas en tant que réalisateur, car il a toujours de très bonnes idées pour filmer son histoire. Je le considère comme l’un des réalisateurs les plus talentueux de ces quinze dernières années. Mais tant de talent gâché par aussi peu d’envergure cinématographique, ça me fout la gerbe. Quant à Will Smith, la prochaine fois qu’il pond une histoire pour lui et son fils, j’espère qu’il ne trouvera personne pour la tourner. C’est pas que l’un ou l’autre des acteurs soit mauvais. Au contraire, Jaden Smith est même plutôt bon (et il m’avait singulièrement impressionné dans Karaté Kid). Mais franchement, l’histoire est naze, naze, naze.

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Cet article a été publié le mercredi 12 juin 2013 à 20:48 et est classé dans Cinéma. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.

5 commentaires pour le moment

 1 

« Quant à Will Smith, la prochaine fois qu’il pond une histoire pour lui et son fils, j’espère qu’il ne trouvera personne pour la tourner. »

Aucun espoir je crois. Ces messieurs vont continuer à flooder nos écrans de bouillon tiède un certain temps. Quand on voit que Stallone et Scharzy continuent les films d’action à 70 ans passés, mister et mister Smith ont encore de beaux jours devant eux.

Merci pour ta critique, ça confirme bien mon impression de départ devant la bande annonce. Ces gens n’auront pas le prix de mon billet !

L’autre jour, mon père (en bon scientifique totalement insensible à ce genre de film en général) : « Ça a l’air pas mal, ça parle de la théorie de l’évolution. »
Aaaah, la naïveté !

13 juin 2013 à 11:16
 2 

Et encore, je ne vois même pas comment ton père à pu imaginer que ça parlait de la théorie de l’évolution. Y’a rien dans le pitch ni dans le film qui ne se soit penché un tant soit peu sur la question 🙂

J’ai bien peur que tu aies raison concernant le crédit des Smith. Ça me désole. Mais l’espoir fait vivre 🙂

13 juin 2013 à 11:36
 3 

Je crois que dans la bande annonce ils disent « la Terre a évolué pour tuer l’homme » ou un truc de cet acabit. :p

Concernant les Smith, de toutes façons, je n’ai pas d’exemple de vrai bon film où ils auraient été vus. Will Smith à le don pour frôler les bons films et finalement se rétracter en faisant un « I am Legend »…

13 juin 2013 à 12:03
Immofei
 4 

Personnellement j’ai bien aimé Jaden dans Karaté Kid 😉

Et si Wiz, ils en parlent un tout petit peu de l’évolution, mais par images interposées. On voit ce qu’est devenue la Terre en 1000 ans d’absence de l’être humain: la nature a repris ces droits (0 ruine de construction humaine visible), des animaux sont devenus géants, des grosses sangsues ont développé un poison paralysant qui peut tuer un homme en moins de deux… Les animaux ce sont adaptés à l’air pollué alors que l’être humain ne peut plus y survivre en respirant cet air directement.
L’humain est devenu la proie et n’est plus le dominant qui extermine tout ce qui bouge par plaisir de tuer.
Ils ont aussi bien insisté sur un aigle géant, qui après une longue course-poursuite attrape le gamin et le mets dans son nid (à des fins de nourrir ces petits ou de leur fournir un jouet….). Cet aigle va finir par donner sa vie pour sauver celle du fils prodige, après que tous ces petits aient été massacrés par des gros félins qui grimpent agilement aux arbres…

19 juin 2013 à 17:55
 5 

Il y a une différence entre montrer des images d’un avenir possible et en faire le sujet du film. En l’occurrence, l’évolution de la Terre n’est pas le sujet du film, mais le prétexte. Un prétexte très mal exploité. Et malheureusement, les petites aventures de Kitaï (le fiston) sur cette Terre hostile sont du remplissage. Ça aurait pu se passer sur une planète inconnue avec les mêmes caractéristiques que ça n’aurait rien changé, ni à l’histoire, ni au dénouement.

La moindre des choses quand on prétend justifier 1000 ans d’évolution terrestre sans l’homme à sa surface, c’est d’en parler un peu plus qu’avec la voix off du début du film qui dit juste « l’homme a bousillé sa planète et s’est barré d’elle il y a 1000 ans ».

En outre, il n’est pas crédible que la faune et la flore aient pu évoluer de cette façon en 1000 ans, ou alors des espèces inconnues de l’homme on pris le pas en son absence. L’évolution des espèces est un phénomène qui nécessite des millions d’année. L’adaptation d’une faune à une atmosphère devenue irrespirable pour l’homme (alors que bêtes et humains respiraient le même air) en 1000 ans est totalement farfelue.

Enfin bon, tu l’as compris, je ne prendrai pas la défense de ce film. Il n’a rien pour lui que de belles images. C’est un peu léger 🙂

20 juin 2013 à 15:04

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