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Avr

Noé

   Ecrit par : Wiz   in Cinéma

Cet os est le numéro 13 sur 22 du cadavre Par la lucarne

noe_1Je ne suis pas un aficionados des œuvres bibliques. Par ailleurs, en la matière, ma préférence va généralement à l’Ancien Testament. Mais malgré cela, aller voir Noé au cinéma n’était pour moi qu’une occasion de sortir entre copains, le film n’ayant que peu d’intérêts à mes yeux. Là-dessus, on peut contester qu’il soit de bon ton de se permettre un billet pour critiquer cette œuvre cinématographique. Mais comme j’ai pris pour habitude de le faire, pourquoi pas ?

Difficile de voir Noé pour ce qu’il est. Ce qui se voudrait un divertissement tout public est par trop criblé de références bibliques judéo-chrétienne pour être totalement neutre dans son message. Et pourtant, ce n’est pas exactement ce à quoi je m’attendais, même si je ne m’attendais pas à grand chose. Surtout quand une partie de l’histoire vire au Shining sans prévenir. Mais ne brûlons pas les étapes.

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Mathusalem et l’un de ses arrières-petits-fils… ne me demandez pas lequel.

Noé, pour ceux qui ne le savent pas, est le personnage central d’une des premières fables de l’Ancien Testament faisant référence au Déluge. C’est le genre de récit qu’on enseigne à la plupart des chrétiens pour les faire réfléchir sur la notion de péchés qui est si chère à l’église catholique, mais pas que. Je ne me risquerai pas à retracer par le menu les étapes de ce récit tel qu’il est écrit dans la Bible, d’une part parce que ma lecture de l’Ancien Testament remonte à plus de 25 ans (oui, j’avais des lectures zarbi dans le temps), et d’autre part parce qu’à mon sens, le film l’a pris au pied de la lettre sur bien des points. Ah oui, pour résumer et pour les incultes, la Bible est divisée en 2 tomes (je n’ai lu que le premier), l’Ancien Testament qui raconte le mythe de la Création (Adam, le Serpent, la Pomme et cette conne d’Eve (et je dis ça sans spécialement montrer du doigt le genre féminin même si Eve est censée l’incarner)), les premières générations de leurs enfants consanguins à mort (Abel, Caïn, Seth, et leur descendance) et les quelques étapes de leur histoire les conduisant vers l’antiquité, du Déluge à Salomon en passant par Moïse, Sodome & Gomorrhe, David et toute la clique. Et puis, il y a le Nouveau Testament, centré sur le fils de Dieu, Jésus Christ et la caravane passe.

Avec Noé, on ne peut évidemment pas parler de réalité historique, ni de réalité métaphorique, et le scénario mélange amoureusement des concepts et des idées qui ne sont pas propres à la génération de Noé. Il met en place un contexte dans lequel les enfants de Caïn (qui tua son frère Abel, faisant de lui le premier meurtrier de l’histoire biblique) et ceux de Seth sont, d’un côté, les très (trop) nombreux grands méchants hommes avides, citadins et anti-écolo primaire, et de l’autre, 5 uniques pékins gentils écolo anti-caïnite secondaire (oui, je n’ai pas résisté à commettre une référence que les rôlistes du Monde des Ténèbres ne manqueront pas de remarquer). Et puis, il y a les anges déchus… C’est un peu trop pris au sens littéral encore une fois, mais ça sert plutôt bien la mise en scène.

Noé… A ne pas confondre avec Néo. Si ce dernier sauve l’humanité, on ne peut pas dire que le premier en fasse autant.

Au début, je me suis dit que cette histoire, censée être la genèse de notre monde moderne selon le dogme judéo-chrétien, était assez bien amenée pour être celle de n’importe quel autre monde imaginaire avec son mysticisme et ses croyances propres, jusqu’à ce qu’une scène en particulier ne la rattache inextricablement à notre histoire. Sans cette scène, Noé serait resté un récit mythologique. Dommage. L’idée était bonne pour en faire une œuvre qui parle à l’humain sans le montrer ostensiblement du doigt dans sa fange. Quoique… Après tout, l’Ancien Testament est tellement emprunt d’enseignement adeuballe, qu’une adaptation aussi intellectuellement libre soit-elle, ne pouvait pas passer à côté de certaines évidences. Et vu le contexte actuel, il n’est pas inutile de rappeler les évidences.

En dépit de « pied dans le plat » vachement boueux (sans jeu de mot), et de cette dérive très surprenante qui m’a fait superposer la tête d’un Jack Nicholson fou furieux qui veut tuer sa famille sur celle de Russell Crowe à un moment du film, la réalisation de celui-ci est plus qu’honorable. Le parti pris fantastique de l’histoire a été adopté à bras le corps et c’était nécessaire, car le Déluge n’a rien de particulièrement crédible en lui-même s’il n’est pas généreusement introduit à grand coup de surnaturel. La distribution est assez bonne. Emma Watson confirmant ses talents et sa carrière filmographique sortie du rôle d’Hermione Granger dans Harry Potter, Ray Winstone se pose comme un méchant descendant de Caïn crédible, le grandiose Anthony Hopkins nous campe un admirable Mathusalem, et Jennifer Connelly y incarne la femme de Noé avec brio. Les autres rôles sont assez secondaires et plats, servi par des acteurs tout aussi plats, donc tout va bien.

Hermione Granger est bien l’une des seules à ne pas savoir faire de magie dans cette histoire.

Je me plaindrais en revanche du rythme chaotique et incertain du film qui nous sert des longueurs sans intérêt, malheureusement mise en valeur par des scènes d’action plutôt réussie. A mon sens, sur 2h15 de film, il y en a 1h15 en trop. C’est assez mal dosé en terme de récit, et il y a clairement des moments où on se fait chier, car il ne s’y passe strictement rien d’utile à l’histoire.

Notons au passage que la 3D est très réussie !!! Non, c’est une blague. En fait ce film n’est pas en 3D, ce qui du coup, le rend aussi valable dans ce format que la majorité des parutions de ces dernières années, sauf qu’il est moins cher à la séance, ce qui le rend tout de suite plus sympathique à mes yeux.

En définitive, je dirai que Noé n’est pas un divertissement tout public. Il y a trop de mysticisme propre à l’Ancien Testament et des questionnements qui sont, de mon point de vue, inabordables sans un bon sens critique. C’est le problème de présenter des problématiques humaines sous l’angle de la religion. Et comme l’histoire est en elle-même cousue de fil blanc (car implantée dans notre culture depuis des siècles), cette interprétation matinée de miracles fantastiques n’est pas dotée d’un rythme suffisant pour ne pas ennuyer le chaland, et qui plus est le chaland comme moi qui ne se sentait pas du tout concerné par l’histoire à la base.

Et vous, c’est quoi votre avis sur ce 2012 revisité ? 😉

Les os du même cadavre<< Captain America, le Soldat de l’Hiver47 Rônin >>

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Cet article a été publié le mercredi 16 avril 2014 à 18:00 et est classé dans Cinéma. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.

4 commentaires pour le moment

Xav Garden
 1 

On va faire court: je n’ai pas aimé. C’est long, c’est très long et fanchement, prendre des théories scentifiques (Big Bang, création de l’univers, évolution de la vie) et les intégrer dans la légende de la création me gêne. ça me gêne parcequ’il existe aujourd’hui des gens qui refusent (y compris au sein des écoles) la théorie de l’évolution.

17 avril 2014 à 12:03
 2 

Je dois reconnaître que je n’ai pas du tout tiqué sur cet aspect de la Genèse. En ce qui me concerne, c’est passé comme une lettre à la Poste. En fait, j’ai même trouvé ce passage assez drôle, car je me suis dit que si j’écoutais la bande-son sans l’image, j’aurai entendu le récit de la Genèse Biblique, si au contraire j’avais regardé l’image sans le son, j’y aurai vu le Big Bang et que finalement, le mixte des deux peut-être vu soit comme une tentative de relier deux versions de l’origine du monde dans un dogme unifié, soit au contraire, comme la démonstration de deux choses totalement inconciliables.

Ma conclusion par rapport à ce thème est que le film n’apporte finalement aucune conclusion. Il ne fait à ce moment que raconter une interprétation mythologique d’une théorie scientifique sans véritablement prendre de position. Ce qui en tant que tel séduisait mon intellect. Après, si ce n’est pas ce que voulait dire le réa, soit il s’est planté, soit je me suis planté 😉

18 avril 2014 à 10:12
Xav Garden
 3 

je n’aurais pas du dire que ça me gêne, parce bon, je m’en fous en fin de compte. C’est juste que je n’ai pas pu m’empêcher de songer au fait qu’il y a des intégristes au Etats Unis aujourd’hui qui défendent la théorie créationiste et l’enseignent à l’école (ou tentent) …

18 avril 2014 à 14:25
 4 

Hé bien les premiers avis commencent à tomber au fil des jours et semaines sur les blogs que je fréquente, et je me tâte. Cela vaudrait le coup d’aller le voir pour entrer dans le débat !

3 mai 2014 à 20:24

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