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Jan

Le Hobbit : la Désolation de Smaug

   Ecrit par : Wiz   in Cinéma

Cet os est le numéro 7 sur 22 du cadavre Par la lucarne

le_hobbit_2_1Revenu de ce visionnage, suite logique de Le Hobbit : un Voyage Inattendu, j’ai un sentiment étrange sur cet opus de la série. J’avais plutôt apprécié le premier par sa plastique et sa simplicité, mais une seconde projection m’avait convaincu de ses longueurs inhabituelles et ses détours réguliers. Bien loin de la classique suite un peu lassante de péripéties s’enchaînant de façon parfois incongrue, le second volume de cette trilogie présente un visage plus mâture à mes yeux, mais du coup, s’éloigne du côté un peu fabuleux du premier.

Même si on voudrait resituer chacun des épisodes de le Hobbit dans leur contexte, il faut définitivement oublier l’œuvre d’origine. Nous ne sommes plus dans l’adaptation mais l’extrapolation. Le but n’est pas de faire le récit de Bilbo le Hobbit, mais de faire la préquelle du Seigneur des Anneaux et l’œuvre sombre résolument dans les codes de la « première » trilogie. Ce choix artistique étant admis, n’en déplaise aux puristes détracteurs de Peter Jackson, on peut regarder ce film comme une œuvre cinématographique à part entière, mais pas indépendante.

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Inspecteur Gandalf en action… Seul bien sûr… C’est beaucoup, beaucoup plus sûr de s’aventurer seul dans un lieu dominé par la puissance de Sauron…

Pas indépendante, car, en s’inscrivant dans une hexalogie, le Hobbit a le devoir de créer le contexte qui sera le théâtre, 60 ans plus tard, des péripéties de Frodo et de la guerre de l’Anneau. Donc après une introduction finalement bien longue dans laquelle on montre le côté gentillet et bon enfant du monde, nous plongeons avec théâtralité dans la noirceur des Terres du Milieu, déjà sous l’influence de Sauron. Et si l’on retrouve, non sans un certain pincement au cœur, toute la désespérance de ce que l’avenir a de plus funeste, il ne s’y trouve rien d’aussi oppressant que ce qu’a pu nous montrer le SdA. C’est logique mais quelque peu décevant. En faisant sortir le personnage de Gandalf de l’histoire d’origine de Bilbo le Hobbit pour lui faire vivre sa propre histoire issue d’un passé plus lointain, la coupure avec le livre est plutôt franche. Bien sûr, il n’y a que les pro de l’histoire des Terres du Milieu qui savent ce qu’a fait Gandalf avant de venir « pousser » Bilbo à l’aventure. Ce remaniement scénaristique est là uniquement pour embellir et enrichir l’œuvre cinématographique ce qui explique (sans toutefois le justifier) qu’il a fallu plus de deux films pour adapter Bilbo.

La question maintenant est, est-ce que ça valait le coup ? Je dois dire qu’avant d’avoir vu l’intégralité de cette nouvelle trilogie, je reste sceptique. Les enjeux de cette intrigue sont finalement les mêmes que dans le SdA. On se rend compte que la véritable aventure de Bilbo n’est que le prétexte puis la toile de fond de ce que cette « prélogie » veut vraiment raconter, et ce qu’elle veut raconter, c’est le retour à la vie de l’Anneau Unique et avec lui du pouvoir de Sauron dont on sait, pour avoir vu la trilogie d’origine, comment ça se terminera.

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Une fuite de tonneaux… non non, les tonneaux n’ont pas de fuite, ils ont des nains. Et après on raconte que les nains picolent… Tu parles. Ce sont des tonneaux elfiques.

Ce qui vaut le coup, c’est cet enrichissement très intéressant de la Terres du Milieu. Dans cet opus on découvre enfin quelque chose de nouveau en dehors d’Erebor et de Dale, à savoir la Forêt Noire (Mirkwood, le royaume des Elfes Sylvains), Esgaroth (la ville du Long Lac aussi appelée Lacville) et Dol Guldur, des hauts lieux de la culture de la Terre du Milieu jusque là a peine évoqués ou ignorés dans le SdA. On a aussi le droit à une visite guidée d’Erebor et le guide est une teigne du nom de Smaug. Le soucis du détail dans l’image et la profusion d’éléments de décors est tout à fait digne de son prédécesseur à l’écran. La colorisation a même évolué en un peu moins criard (sans doute pour se conformer au ton de l’histoire). C’est assurément, en terme de qualité d’images et de sons, en profondeur de champ et en restitution des grands espaces, un petit bijou.

Si l’ambiance générale demeure de très bonne qualité, les personnages sont, quant à eux, de plus en plus décevants. En fait, je trouve que la faiblesse de cette prélogie, ce sont les personnages. Je ne dirais rien pour Bilbo toujours admirablement campé par Martin Freeman. Il fait un excellent travail dans ce rôle. Je ne parlerai pas non plus de Thorin ou Gandalf qui tiennent leur place comme il faut (même si les mimiques de Ian McKellen commence à être un peu répétitives). Mais les nains… c’est un désastre. Le seul qui soit assez intéressant, c’est Balin, qui est la contrepartie douce du caractère de chien de Thorin, les autres sont à peine plus utile au récit que des figurants dans un burlesque. Peut-être le sont-ils également dans l’œuvre d’origine (que je n’ai pas pris le temps de lire l’an dernier comme je l’avais prévu), mais dans un film, c’est dommage. L’un d’eux, Kili, a eu droit à un rôle un peu particulier en nous proposant une idylle douteuse avec Tauriel, un personnage totalement inventé pour le film et qui est la capitaine de la garde des Elfes Sylvains de la Forêt Noire, lesquels nous rejouent la scène de Frodon et Arween quand le premier est victime de la lame de Morgul (SdA – la Communauté de l’Anneau). Dans les nouveaux personnages, on découvre Bard, le fils du Roi de Dale (la ville humaine détruite par Smaug quand il s’est installé à Erebor), un personnage majeur du récit, et le Maître de Lacville et son intendant, des rôles de second plan et finalement pas très utiles à l’intrigue. Et on retrouve, avec ou sans joie, Legolas, plus bouffi que jamais, campé par un Orlando Bloom inexpressif égal à lui-même. Bon, c’est le rôle qui veut ça, on ne peut pas lui en vouloir. Ah oui, j’oubliais Thranduil, le roi des Elfes Sylvains qui n’a qu’un petit rôle mais qui m’impressionne bien plus que Legolas. Il a un regard absolument fascinant et inquiétant. Il est joué par un acteur américain que je ne connaissais pas, Lee Pace, et je trouve son jeu très chouette.

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Smaug, le seul acteur dont je n’ai pas à me plaindre. Après tout, le pauvre, il n’y peut rien, il est totalement numérique. Mais quelle qualité de réalisation !!

En dehors de cette faiblesse de jeu général, gardons à l’esprit que, dans le genre aventure et action, la Désolation de Smaug est très plaisante. Les scènes d’action sont tout bonnement époustouflantes. La poursuite dans la rivière notamment (même si un peu longuette), mais le combat contre Smaug n’est pas en reste. C’est une mise en scène particulièrement complexe et même parfois difficile à suivre, mais toujours audacieuse et très dynamique. Au passage, signalons que, comme pour son prédécesseur, la 3D n’est pas vraiment exploitée, mais elle profite un peu plus des plans en profondeurs que j’ai trouvé plus nombreux dans cet opus. Ce n’est pas désagréable, même si ce n’est pas indispensable (sauf que ces fichues salles ne diffusent pas en 2D !!! )

Puisque l’intrigue de Dol Guldur est venue se plaquer sur l’histoire du Hobbit, le troisième volet en verra probablement la fin, en même temps que celle de l’aventure de Bilbo. Nous aurons donc à suivre la suite de l’affrontement contre Smaug, et la bataille de Dol Guldur. Cela promet de belles images pleines d’actions et du grand spectacle. Ce qui est un peu ce qu’on attendait du Hobbit, soyons honnête. Même en relativisant et ramenant cette historiette sympa de Bilbo dans son contexte, je ne suis clairement pas déçu de l’orientation prise par cette soi-disant adaptation.

Et vous ?

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Cet article a été publié le vendredi 10 janvier 2014 à 18:00 et est classé dans Cinéma. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.

Un commentaire

 1 

[…] Anneaux, dirons-nous, attendu que le sujet avéré de la trilogie du Hobbit (Un Voyage Inattendu, La Désolation de Smaug) était bien de faire la préquelle de la trilogie du SdA. J’ai donc été voir ce film […]

30 décembre 2014 à 22:11

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