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La Belle et la Bête

   Ecrit par : Wiz   in Cinéma

Cet os est le numéro 9 sur 22 du cadavre Par la lucarne

belle_et_le_bete_1Énième version revisitée du célèbre conte fantastique, le film de Christophe Gans mérite qu’on s’y attarde pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il est franco-français. C’est pas spécialement pour dire « cocorico », mais c’est assez rare pour le souligner étant données les qualités intrinsèques de l’œuvre. Car c’est du cinéma avec un grand « C » qui nous est ici offert. C’est un morceau de choix à l’égal d’un Vidocq de Pitof en son temps, un style de cinéma mâtiné de décors et d’effets spéciaux modernes et dans l’air du temps, d’un jeu d’acteurs cousu main et d’une photographie époustouflante. Ce film n’a qu’un seul gros défaut : c’est de s’appeler la Belle et la Bête et d’être tiré d’un conte archi-connu adapté tellement de fois et de tellement de façons que son histoire est juste sans surprise.

Mais reprenons les choses dans l’ordre. Quand on s’appelle Christophe Gans (Crying Freeman, Silent Hill, Le Pacte des Loups), on a une certaine notoriété dans le milieu du 7ième art français, et réaliser une adaptation de la Belle et la Bête ne peut qu’attiser la curiosité, surtout quand le dit monsieur argumente son film sur sa réalisation seule, étant donnée que l’histoire elle-même n’a plus rien à prouver. Enfin, même si le scénario de ce film a été suffisamment bien travaillé pour être savamment étoffé tout en restant fidèle à l’œuvre d’origine, c’est bien sur la plastique du film que le réalisateur s’est lâché.

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La Belle dans son décors enchanteur

Et c’est réussi. Fort d’un budget raisonnable (33 millions d’euros) comparés aux blockbusters américains qui tâchent (minimum 200 millions de dollars), la Belle et la Bête est enrobé d’effets numériques de toute beauté et d’une mise en scène aussi accrocheuse que magnifique. Et si la musique un rien trop « classique » nous plonge dans l’ambiance avec délice, c’est surtout avec les yeux qu’on dévore ce petit chef-d’œuvre visuel. Je ne cacherai pas que la promesse de m’en mettre plein les yeux m’a peut-être fait anticiper la réussite visuelle de cette adaptation, mais même avec un peu de recul, il n’en reste pas moins que c’est beau, poétique, et parfois inquiétant. Je reste toutefois sur ma faim par rapport à ce que j’attendais des apparitions de la Bête qui m’ont moins émus que lorsque je vis, tout enfant, l’adaptation de Jean Cocteau avec Jean Marais. Mais je peux mettre sur le compte de mon jeune âge à l’époque le fait d’avoir été impressionné par l’ambiance de Cocteau.

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Le Prince quand il était bête, juste avant de devenir bête.

Malgré une histoire connue, Gans articule son récit autour de différents fil narratif, 3 au total, qui s’entremêlent. Le premier est l’histoire contée comme une légende par une mère à ses enfants, le second l’histoire de Belle et de sa famille sur laquelle le sort s’acharne, et le troisième l’origine de la Bête. Ces trois fils narratifs sont extrêmement bien gérés et nous entraîne sans mal vers la compréhension de l’intrigue. Bon, entendons-nous, même si je n’avais pas eu connaissance du conte et deux ou trois de ses adaptations, j’aurai trouvé que l’histoire était cousue de fil blanc. Mais en même temps, ce genre de récit n’a aucun intérêt à être retors ou complexe. Il n’y a que dans la manière de le raconter et dans les émotions et interrogations qu’il suscite que se trouve la valeur ajoutée du réalisateur.

Côté émotions, j’en suis toutefois resté à l’émerveillement visuel. Si j’ai été touché par le jeu d’André Dussolier (qui est de mon point de vue un des meilleurs acteurs français), et celui de Vincent Cassel, la Belle ne m’a pas spécialement ému. Le méchant (non, pas la Bête, le chef de bande qui s’appelle Perducas) était plus réussi à mon sens que l’héroïne principale. Ce n’est pas qu’elle joue mal la petite Léa Seydoux (pistonnée ?… oh, serai-je médisant ? Pour la petite histoire, Léa Seydoux est la petite-fille du directeur de Pathé qui a financé le film 😉 ), mais je n’ai pas eu l’impression que le rôle lui permettait de s’exprimer pleinement. Enfin, il y a un je ne sais quoi de décevant dans cette Belle, mais je n’ai pas vraiment réussi à mettre le doigt dessus. A côté de ça, l’épouse du prince est bien plus marquante malgré son rôle secondaire.

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A la découverte des beautés sauvage du domaine de la bête… Ben non, c’est pas les floralies

Autre chose m’a dérangé, c’est la nécessité d’apporter un élément comique dans une histoire qui s’en serait largement passé. Le sur-jeu excité d’Audrey Lamy est à mon sens complètement déplacé dans l’ambiance feutrée et dramatique du récit, qui, par ailleurs, n’a nul besoin d’être dédramatisé, attendu que l’ambiance n’est pas non plus d’une lourdeur extrême, donc parfaitement supportable sans le besoin de la dérider. A ce titre, la mésaventure ridicule de Belle lors de la découverte des « Tadums » est aussi un trait d’humour déplacé dont on aurait pu se passer.

Enfin, le film a tendance à s’attarder sur certains éléments de l’histoire pour les oublier tout de suite après. Il laisse supposer que malgré ses 1h52, il ait été sacrément coupé. Certaines scènes méritaient d’être développée un peu plus et certains sujets auraient pu ne pas être abordé du tout pour éviter de rester sans réponses. Il ne me déplaît pas forcément de ne pas me voir tout expliqué en détail, mais jusqu’à un certain point, les rebondissements de l’histoire jetée au visage comme des évidences alors qu’elles n’ont jamais été peu ou prou abordée avant ont cette capacité à m’agacer. Pour être précis, ça m’agace d’autant plus que le scénario s’évertue à nous expliquer tellement bien tellement de choses qu’on ne voit pas pourquoi certaines autres seraient passées sous silence.

En dehors de ces points, la Belle et la Bête est une réussite à différents niveaux et la preuve que les meilleures technologie du cinéma peuvent être utilisées en France. Il ne reste plus qu’à trouver des auteurs qui « déchire sa mère », et des producteurs qui veulent remettre ça pour sortir notre 7ième art national de l’ornière dans laquelle elle s’enfonce depuis des années.

Et vous, cette Belle et cette Bête, vous en pensez quoi ?

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Cet article a été publié le vendredi 28 février 2014 à 18:00 et est classé dans Cinéma. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.

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