13
Juil

La Cité des Mensonges

   Ecrit par : Wiz   in L'Ours, Romans

Je suis un ours, et je n’ai pas peur. Non, je n’ai pas peur de faire mon auto-critique, de m’encenser (ou me chier dessus), de faire ma pub, là, sans contrepartie et sans compromis, parce que je m’aime et je vous emmerde (en toute amitié bien sûr, comme dirait ce marchand vénal de Caldeum à la voix mielleuse dans Diablo III, les connaisseurs savent de qui je parle). Donc oui, j’ose, je vais faire la critique de mes propres romans. De toute façon, je n’ai rien à perdre, personne n’en a jamais fait la critique officielle et comme je n’ai jamais fait de publicité, ça ne s’est jamais vendu que par le bouche à oreille, et ça n’a pas passé tant de bouches et d’oreilles que ça (allez-y, comptez le nombre de fois que j’ai dit « jamais » pour m’asséner votre dicton favori).

Pourquoi ? Pourquoi la Cité des Mensonges n’est pas un bestseller de l’Heroic-Fantasy ? Pourquoi ne suis-je pas devenu riche et célèbre, auteur adulé et jalousé par le milieu ? La réponse est fort simple, c’est parce que je n’y ai pas cru. Oh certes, il y a bien d’autres raisons plus concrètes qui font que ce triptyque ne s’est pas vraiment répandu comme une traînée de poudre, l’une des principales étant mon choix d’éditeur. C’était encore une époque où trouver un éditeur traditionnel d’Heroic-Fantasy magnanime, ouvert et aimant prendre des risques, était plutôt difficile. Cela l’est-il moins aujourd’hui ? Je ne me prononcerai pas. Mais l’Heroic-Fantasy a acquis ces dernières années ses lettres de noblesse ainsi qu’une certaine popularité et de plus en plus d’éditeur admettent que le marché est porteur.

Ferik Martens, un membre de la Garde Gouvernementale, la police du Gouverneur (illustration de Pierre-Denis Goux)

Non, mon choix d’éditeur de l’époque s’est fait par dépit et découragement après avoir contacté tous les grands noms de l’édition traditionnelle que je connaissais et avoir essuyé une pléthore de refus. C’est en cela que je n’y ai pas cru. Même si un éditeur ne vous explique pas pourquoi il vous dit non, lorsque tous vous donnent cette réponse, vous êtes en droit de vous demander ce que vous valez comme écrivain. J’ai toujours estimé qu’en tant que première œuvre complète, la Cité des Mensonges ne méritait pas les étals les plus prestigieux, et même pas les plus populaires. Ainsi la distribution s’est-elle restreinte à Internet seul. Ainsi l’idée de ma présence sur les salons en tant qu’auteur à mes propres frais m’a-t-elle freiné dans cette voie, autant parce que je ne pouvais pas investir dans la communication et les déplacements sur différents site pour promouvoir une œuvre en laquelle je ne croyais pas, que du fait que je ne pouvais pas me vanter d’être un véritable auteur en ayant été publié de cette façon. Fausses idées ? Pas certain. Disons quand même que ma prétention en tant qu’écrivain est d’être reconnu comme tel par un professionnel, donc fatalement, j’étais mal barré.

Mais parlons plutôt de l’œuvre sur laquelle les quelques retours que j’ai pu avoir ont été assez mitigés tout autant que disparates. Globalement l’histoire a été appréciée même si l’intrigue était plutôt tordue. De mon point de vue, le contexte souffre d’une vision trop « gamer ». Expliquons pourquoi. Cela se passe à Loreval. A ce titre je vous renvoie à mon article sur le sujet, puisqu’il explique comment Loreval est né. De fait, étant avant tout un univers de jeu basé sur un système de jeu de rôle de type DD3, l’interprétation narrative des personnages est teintée par cette approche rôlistique et technique, tant sur les concepts de magie que sur la manière dont les personnages évoluent. Un de mes lecteurs a d’ailleurs ressorti cette notion en établissant une liste des personnages avec leur classe supposée et leur niveau, ce sur quoi il avait quand même 80% de bonnes réponses… Comme quoi ça l’avait fortement marqué, et moi aussi du coup.

Pour le reste, je suis entré avec « la Cité des Mensonges » dans un univers plutôt nouveau et dans un style qui me sied tout à fait. En effet, je déteste les romans centrés sur un unique personnage autour duquel tout bascule et dont tout dépend. Même si j’ai largement apprécié les œuvres d’Eddings, de Zelazny ou de Moorcock, je leur préfère quand même un Feist ou un Martin qui travaillent sur une plus grande diversité de personnages dont les destins se croisent et s’entremêlent pour former l’intrigue. En cela la Cité des Mensonges se base sur ce modèle et met en scène pas moins de 50 personnages, dont 5-6 sont les acteurs centraux. De même, je déteste les visions manichéennes et préfère travailler sur la nuance. Le bien et le mal sont assurément représentés, mais la majorité des personnages sont gris et nourrissent des ambitions ou des desseins qui leurs sont propres, beaucoup font fi de la morale ou construisent leur propre code d’honneur, et les personnages véritablement intègres se comptent sur les doigts d’une seule main.

Ratek, un mec de l’Empire des Ombres… peut-être (illustration de Pierre-Denis Goux)

Au cœur de mes écrits se trouve ma lutte de tous les instants pour la cohérence. Mes univers imaginaires n’ont de sens que si on peut les expliquer, et je m’efforce de donner une raison d’être logique à mes personnages, ce qui justifie à la fois leurs actes, leurs décisions et leur évolution. C’est ce qui explique cette narration un peu compliquée à suivre, parfois. Même si je me situe dans un univers de mon invention j’apprécie y introduire des problématiques socioculturelles, politiques et même religieuses que nous connaissons dans le monde réel. Si le premier tome de la Cité des Mensonges partait au départ comme une sorte d’enquête policière, ses débouchés révèlent une intrigue de niveau politique dans laquelle certaines croyances influencent grandement les choses. C’est une sorte de modèle pour moi, un moyen de critiquer certaines absurdités de notre propre société et je peux assurer, contrairement à un critique qui ne pourrait que supposer par le biais d’une analyse douteuse que je veux transmettre telle ou telle idée, que je veux bien effectivement transmettre telle ou telle idée, que cela a été fait sciemment et que je ne suis pas juste un socio-polito-logue qui s’ignore. Bien entendu, c’est plutôt naïf et caricatural, grossier diront certains, mais présent.

Le tome 1 de cette série de trois volumes souffre de deux défauts majeurs. En premier lieu, un défaut de construction liée à la façon dont il a été écrit. En effet, parti d’une nouvelle chapitrée en 6 parties écrites au fil de l’eau sur un forum (une dizaine de « posts » pour chaque chapitre), la transformation en roman n’a pas été sans souffrance. Le second défaut découle du premier, ce qui a été rédigé pour enrichir le récit d’origine a été fait très longtemps après et j’ai eu la flemme de réécrire l’intégralité. On y distingue nettement des différences de style notables.

Au final le premier tiers de l’œuvre comporte 10 chapitres assez chargés, plus un prélude et un épilogue, pour 286 pages. Ca se lit assez vite car le format de l’éditeur n’est pas très respectueux des standards et comporte assez peu de mots par page. J’y ai adopté dès le début une structure à laquelle je suis resté fidèle, à savoir, de placer un chapeau introductif à chaque chapitre, ce chapeau étant un extrait d’un texte, d’un récit ou d’un discours réalisés par un personnage de l’univers du roman, un personnage qui ne joue la plupart du temps aucun rôle dans le reste de l’histoire. Ce chapeau peut être sans rapport aucun avec le contenu du chapitre, l’objectif de cette formule étant d’utiliser ces citations pour décrire certains aspects historiques, sociaux, politiques et religieux du monde sans avoir besoin de les aborder dans le fil du récit, bref de décrire un background indépendamment de mon intrigue. Ce qui m’a inspiré cette pratique est l’œuvre de Frank Herbert, Dune, qui démarre de même ses chapitres par des citations issus de la riche histoire de son univers. A noter quand même que cette technique est maintenant de plus en plus fréquente dans la littérature fantastique, je n’ai donc rien inventé.

Véronic Pael, une Gardienne du Temps, les pas bavards qui se la pète (illustration de Pierre-Denis Goux)

Quelques lecteurs m’ont attribué, et je revendique, une vision très hollywoodienne des scènes d’action. Donc oui, je suis du genre à en mettre plein la vue mais là je vous laisse seul juge. En tout cas, ça remue pas mal. Moins sur cette œuvre que celle sur laquelle je travaille en ce moment, on dit également de mes dialogues qu’ils sont très vivants, ce qui contribue grandement à la crédibilité des personnages. Ces éléments sont pour moi un point de fierté puisque qu’étant rôliste, savoir créer et interpréter au plus juste un personnage est une qualité essentielle.

Je suis tenu par contrat avec l’éditeur de ne diffuser aucun extrait d’aucun des trois tomes de la Cité des Mensonges, ce qui oblige ceux qui voudraient vérifier les dires de cette auto-critique, à se procurer par eux-mêmes le bouquin. Mais je ne suis pas rat (sauf en astrologie chinoise), et je vous donne des liens directs. Il y a une astuce pour payer 5% moins cher en achetant non pas chez l’éditeur mais chez un revendeur (comme Amazon ou Alapage), avec un risque d’allonger le délai de livraison. Oui, comme c’est de l’édition à la demande, l’impression et la distribution prend un peu plus de temps, donc imaginez pour la distribution faite par un tiers. Les formats numériques sont néanmoins accessibles (PDF) et j’ai même appris il y a peu (et bien malgré moi) qu’Amazon avait fait la conversion pour son Kindle.

Donc, pour aider les auteurs en difficulté :

La Cité des Mensonges 1, les Mots de la Perdition

La Cité des Mensonges 2, les Desseins du Silence

La Cité des Mensonges 3, le Voile des Ténèbres

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Cet article a été publié le vendredi 13 juillet 2012 à 19:09 et est classé dans L'Ours, Romans. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Vous pouvez faire un commentaire, ou un trackback depuis votre propre site.

2 commentaires pour le moment

ChristopheG
 1 

dis moi Duv, question qu’a pas grand chose à voir avec ton article, c’est un voleur ton éditeur ?

13 juillet 2012 à 19:59
 2 

Non, pas spécialement. Les prix sont effectivement plus élevés du simple fait qu’il s’agisse d’édition à la demande. Même si je peux imaginer la marge qu’il fait sur une vente, je ne pense pas que ça soit si énorme pour ce type d’édition forcément plus coûteuse. Mais mon choix d’éditeur était forcément mauvais pour cette raison aussi.

13 juillet 2012 à 23:32

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